Des témoins dans un camp de travail russe
“ JE SOUFFRE jusqu’à porter des chaînes comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n’est pas enchaînée. ” Ces paroles, écrites par l’apôtre Paul à son ami Timothée, sont également vraies aujourd’hui pour de nombreux chrétiens voués, tels que ceux des camps de travail russes. — II Tim. 2:9, Jé.
Ce fait est attesté par le rapport que la Watch Tower Society a reçu récemment d’un Allemand réfugié aux États-Unis, concernant les épreuves qu’il subit dans un camp de travail russe. Voici un extrait de ce rapport :
“ J’avais toujours cru qu’on ne devait trouver les témoins de Jéhovah qu’en Russie. Mais quand je fus remis en liberté, à ma grande surprise, je les rencontrai aussi dans les pays occidentaux. Ces dernières années, ces gens m’amenèrent à réfléchir.
“ Ce fut pendant mes trois années environ de captivité en Russie, dont je passai huit mois, en 1946, dans le camp de travail de X, au nord-ouest de la Russie, sur la Volga. Parmi les prisonniers, certains attirèrent mon attention dès le premier jour de mon arrivée, par leur belle humeur et leur bonté. Ils avaient de 17 à 50 ans, appartenaient à des professions et métiers divers et paraissaient très intelligents. Comme ils avaient déjà passé près de dix ans en prison, on les considérait comme des anciens.
“ Ils avaient des positions de responsabilité à cause de la confiance qu’ils inspiraient, et les fonctionnaires du camp aussi bien que les pires des criminels avaient le plus grand respect pour eux. Ils semblaient toujours avoir quelque chose à dire et parlaient franchement de leur espérance à tout le monde. Bien que les réunions fussent interdites, ils s’arrangeaient pour se réunir presque tous les soirs, huit de nos baraques et deux ou plus des autres baraques. Dans leurs discussions, ils lisaient attentivement une petite Bible, toute déchirée et jaunie par l’âge. Ils en copiaient des fragments sur toutes sortes de matériaux, sur des sacs vides, des morceaux de bois et autres choses de ce genre. La façon dont ils chérissaient cette Bible nous faisait penser que leur désir d’avoir une Bible était plus grand même que leur désir d’être libres.
“ Ce qu’ils copiaient, ils le faisaient passer en contrebande dans les cinq sections du camp. Pour cela ils employaient des messagers, dont certains, qui n’étaient même pas des croyants, étaient heureux de le faire pour les témoins. L’un d’eux, frère X, était le préposé, semblait-il. Il organisait leurs activités, donnait l’impression de connaître les prisonniers susceptibles d’être employés et visitait régulièrement les baraques.
“ De nombreux prisonniers connaissaient leurs réunions secrètes mais personne ne les trahissait. Nous disposions nos lits (des planches) de façon que les leurs se trouvent dans les coins les plus éloignés des portes, où on ne les remarquerait pas. Ils en étaient reconnaissants et le manifestaient de maintes façons.
“ Une fois par an, tout le camp devait s’assembler sur le terrain de l’usine pour une inspection spéciale. Les témoins saisissaient cette occasion pour avoir une assemblée, se réunissant dans un lieu qu’ils décoraient de branches de bouleaux. Il y avait aussi un réservoir ouvert qu’ils nettoyaient jusqu’à ce qu’il fût d’une propreté irréprochable. Bien que je ne l’aie pas vu moi-même, je suis certain qu’ils procédèrent à un baptême. Et tout cela sans que la direction du camp en sût quoi que ce soit !
“ Le même soir, les deux plus jeunes témoins de nos baraques, âgés de 17 et 19 ans, reçurent beaucoup de visiteurs. À maintes reprises, des visages nouveaux se présentèrent ; on échangeait des poignées de main, donnait une tape sur l’épaule et prononçait quelques mots à voix basse. Sans doute, c’étaient de nouveaux baptisés qu’on félicitait. Tous deux rayonnaient d’une telle joie que les autres, intrigués, interrogeaient : “ Est-ce que vous allez vous marier pour être si heureux ? ”
“ Les témoins étaient toujours prêts à tout bon travail, mais vous n’auriez pu les faire participer à quelque chose de mauvais. Bien que nous vécûmes des moments très pénibles, leur conviction ferme et leur confiance ne purent être ébranlées. Nous les enviions ; nous ne pouvions pas bien comprendre cela. Cependant, le fait d’avoir avec nous ces témoins de Jéhovah, leur présence même et la pensée qu’il existait encore des hommes d’une bonne trempe, était une véritable consolation pour nous tous. ”
Il semble paradoxal que, tandis que les témoins de Jéhovah hors de la Russie se demandaient si un témoignage était rendu à l’intérieur de ce pays, une personne qui y avait été transportée vit les témoins si actifs qu’elle s’imaginait que ce pays était le seul où l’on trouve des témoins ! En vérité, bien que les chrétiens puissent être enchaînés, la Parole de Jéhovah ne peut être liée.