Les jeunes s’interrogent...
Comment supporter les propos outrageants
“Mon père ne lèverait jamais la main sur moi, mais ses paroles me font plus mal et m’effraient davantage que n’importe quelle gifle.” — Anne.
“Les agressions verbales me remplissaient d’un sentiment d’inutilité et résonnaient en moi pendant des jours, voire des semaines. Même si les blessures qu’elles provoquaient sur le plan mental ont guéri avec le temps, elles ont laissé des cicatrices.” — Richard.
COMME des milliers d’autres adolescents, Anne et Richard ont été victimes de ce que des spécialistes appellent une destruction systématique de l’image qu’un enfant a de lui-même: les sévices affectifs. Bien qu’elle ne laisse pas de traces physiques, la violence verbale continuelle à laquelle se livrent certains parents constituerait une forme particulièrement destructive d’agression d’enfant.
“Pour moi, la vie n’avait aucun sens”, se rappelle Maryline, qui subissait ce genre de mauvais traitements de la part de sa mère. On observe couramment un manque d’estime de soi chez les jeunes qui sont constamment traités d’imbéciles ou de bons à rien, menacés violemment, mis en situation d’échec (“On ne peut jamais compter sur toi!”), ou sans cesse réprimandés pour des broutilles (“Tout est de ta faute!”). D’autres séquelles de la violence verbale se traduiraient par un ralentissement du développement mental et affectif, un comportement destructif ou au contraire une tendance à se replier sur soi-même. La Bible a donc raison lorsqu’elle compare les effets d’une parole blessante à des “coups d’épée”. — Proverbes 12:18.
Reconnaissons tout d’abord que certains jeunes qualifient d’insultes ce qui n’est souvent guère plus qu’une expression de la discipline parentale (Éphésiens 6:4). Même si elle vous est administrée d’une manière peu agréable, une telle discipline peut vous être profitable (Proverbes 4:13). De plus, les parents aussi ‘trébuchent bien des fois. Si quelqu’un ne trébuche pas en parole, celui-là est un homme parfait’. (Jacques 3:2.) Ainsi, sous le coup de la colère, même les meilleurs parents disent parfois des choses qu’ils regrettent par la suite. Cependant, quand les propos acerbes et cruels deviennent une habitude, qu’ils revêtent systématiquement un caractère destructif, il s’agit peut-être de sévices affectifs gravesa.
Que faire dans une telle situation? Tout d’abord, essayons de déterminer la cause de ces agressions.
Le pourquoi des agressions
“Les parents qui insultent leurs enfants ne sont ni des maniaques cruels, ni des gens qui manquent d’amour pour leurs enfants”, affirment Blair et Rita Justice. Leur étude a révélé que 85 % de ces parents avaient eux-mêmes souffert de carence affective — et parfois de sévices physiques — dans leur enfance. Bon nombre de spécialistes sont donc d’avis que les injures tiennent souvent moins à la mauvaise conduite de l’enfant qu’au vif sentiment d’insécurité dont souffre le père ou la mère.
N’ayant jamais reçu de leur père ou de leur mère l’amour et l’éducation dont ils avaient besoin, certains parents éprouvent des difficultés à témoigner de la tendresse à leurs enfants (voir 1 Jean 4:19). Le moindre manquement de l’enfant est ressenti comme un affront personnel et déclenche une volée de critiques et d’insultes méprisantes.
Pensez également que gagner sa vie et élever des enfants en ces temps “décisifs et durs” peut s’avérer une tâche écrasante pour des parents (2 Timothée 3:1). Certains parents sous pression réagissent de manière excessive dès qu’il leur semble déceler le moindre signe de rébellion chez leurs enfants.
Certes, rien n’excuse les propos outrageants (Colossiens 3:8). Les parents ont reçu l’ordre de veiller à ‘ne pas exaspérer leurs enfants, de peur qu’ils ne se découragent’. (Colossiens 3:21.) Toutefois, le fait de comprendre qu’un père ou une mère qui tient de tels propos est peut-être extrêmement perturbé ou soumis à de fortes pressions peut aider l’enfant qui essuie cette agression à voir les choses avec réalisme. Une telle perspicacité peut même contribuer à ‘ralentir sa colère’. — Proverbes 19:11.
Comment supporter les propos outrageants
Si vos parents souffrent de troubles affectifs, vous n’en êtes vraisemblablement pas responsable. Vous ne pouvez certainement pas faire grand-chose pour les aider à résoudre ce genre de problèmes. Parfois, les parents vont si loin dans leurs propos qu’il est sage de rechercher de l’aide en dehors du foyer, auprès d’un ancien de la congrégation locale par exemple. — Ésaïe 32:1, 2.
Dans bien des cas, il y a néanmoins certaines choses que vous pouvez faire pour rendre la situation plus supportable. Tout d’abord, efforcez-vous au maximum d’‘honorer vos parents’, même quand leur conduite semble intolérable (Éphésiens 6:2). Si vous répondez, ou pire, si vous vous mettez à crier à votre tour, non seulement vous déplaisez à Jéhovah, mais vous avez en plus toutes les chances d’envenimer la situation.
En revanche, “une réponse, quand elle est douce, détourne la fureur”. (Proverbes 15:1.) Dans son livre Mes parents me rendent fou (angl.), Joyce Vedral décrit une scène dans laquelle une mère s’écrie: “Maudit soit le jour où je t’ai mis au monde!” Une réplique incendiaire du genre: “Maudit soit le jour où tu es devenue ma mère!” ne fait que prolonger la dispute. Joyce Vedral suggère donc une réponse comme celle-ci: “Je sais que je te donne parfois beaucoup de soucis. Ça ne doit pas être facile d’être mère.” Répondre à la colère par la bonté n’est certes pas chose aisée, mais c’est un excellent moyen d’apaiser la querelle. — Voir Proverbes 26:20.
Il est parfois possible d’éviter des affrontements inutiles. En repensant à quelques conflits qui l’ont opposée à ses parents quand elle était adolescente, une jeune femme, Barbara, fait cet aveu: “J’aurais dû réfléchir davantage avant de parler. Je manquais de discernement. Si vous vous apercevez que votre père ou votre mère est déjà en colère pour une raison quelconque, attendez! Vous ne feriez que mettre de l’huile sur le feu.”
Un jeune homme a déclaré de son côté: “Je me rends compte à présent que c’est lorsque je négligeais d’effectuer ce qu’ils attendaient de moi que mes parents se mettaient en colère. Par la suite, j’ai veillé à accomplir les tâches qui m’incombaient, comme faire la vaisselle ou sortir la poubelle.” Le résultat? Moins de conflits.
Retrouver l’estime de soi
Cependant, à force d’être sans cesse dénigré, on peut perdre l’estime de soi. “Parfois, je commence à penser que je suis idiote, pas à la hauteur, que je suis un boulet”, dit Anne (dont nous avons parlé dans l’introduction). Comment dissiper ce genre de sentiments négatifs?
De nombreux jeunes parviennent à supporter la mauvaise ambiance du foyer sans trop souffrir de séquelles sur le plan psychologique. Des études montrent que ces jeunes “ont généralement dans leur entourage au moins une personne qui s’intéresse à eux”. “Les jeunes ont besoin de passer du temps avec quelqu’un d’édifiant qui les apprécie”, explique Janet Drobes, assistante sociale spécialisée dans les problèmes psychiatriques. Si vous avez encore de bons rapports avec l’un de vos parents, pourquoi ne pas vous rapprocher de lui? Vous pourrez également trouver un soutien précieux au sein de la congrégation, où les chrétiens compréhensifs ne manquent pas.
La pratique d’un passe-temps valorisant, tel qu’apprendre une langue étrangère ou à jouer d’un instrument de musique, est un autre moyen d’améliorer l’image que vous avez de vous-même. Aider autrui à connaître la Parole de Dieu vous apportera également de nombreuses satisfactions, particulièrement lorsque vous vous rendrez compte que Dieu bénit vos efforts (voir 1 Corinthiens 3:6-9). C’est ce que confirme Anne en ces termes: “Grâce au ministère [à plein temps] auquel Jéhovah, dans son amour, me permet de participer, j’ai pris conscience que je ne suis pas aussi stupide que mon père voulait le croire.”
Heureusement, même les situations les plus pénibles ne durent pas. Par ailleurs, le comportement de vos parents ne vous condamne nullement à devenir vous-même un père ou une mère indigne. Dans ce domaine, l’influence de la Parole de Dieu peut contrebalancer très largement le piètre exemple de vos parents. En attendant, recherchez le soutien de Jéhovah pour endurer. Vos efforts pour garder une attitude digne face aux propos outrageants réjouissent son cœur. — Proverbes 27:11.
Il peut même arriver que la maturité dont vous faites preuve dans ces moments difficiles incite vos parents à changer. Témoin le cas de Maryline, cette jeune fille désespérée dont nous avons parlé au début de l’article. “D’aussi loin que je m’en souvienne, ma mère criait après moi et je lui répondais. Mais maintenant, j’essaie de mettre en pratique ce que dit la Parole de Dieu, avec succès. Maman commence à changer d’attitude. Grâce à la Bible, je suis arrivée à mieux la comprendre. Nos relations s’améliorent.” En prenant l’initiative, vous pourrez, vous aussi, parvenir au même résultat.
[Note]
a Un feuillet publié par le Comité américain pour la prévention des agressions d’enfants déclare: “Il est important de faire remarquer que les sévices affectifs se caractérisent par une généralisation des comportements négatifs de la part des parents, et non simplement par des incidents isolés ou par des réactions épisodiques normales dues aux variations d’humeur des parents.” — C’est nous qui soulignons.
[Entrefilet, page 12]
Une étude a révélé que 85 % des parents qui insultent leurs enfants ont été eux-mêmes victimes de violence verbale dans leur enfance.
[Illustration, page 13]
La pratique d’un passe-temps valorisant, tel qu’apprendre à jouer d’un instrument de musique, peut renforcer l’estime de soi.