Questions de lecteurs
● Ésaïe 14:12 ne laisse-t-il pas entendre que Lucifer est devenu Satan le Diable ? — A. R., États-Unis.
Le terme “ Lucifer ” ne paraît qu’une fois dans la Bible anglaise du Roi Jacques, et cela dans Ésaïe 14:12. En français il figure dans la version de Glaire et Vigouroux. Dans les versions de Segond, Liénart, Darby, des Moines de Maredsous, Crampon 1905 et 1952 se trouve l’expression “ astre brillant ”. Une note marginale figurant dans ces versions mentionne “ Lucifer ”.
Selon la version de Segond, Ésaïe 14:12, 13 est ainsi conçu : “ Te voilà tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ! Tu es abattu à terre, toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion. ”
L’expression “ Lucifer ” ou “ astre brillant ” est la traduction du mot hébreu Hélél. Il est rendu dans la Septante par le mot grec Héôsphoros, qui signifie “ Porteur de l’aurore ”. Jérôme traduit ce vocable par “ Lucifer ” dans la Vulgate latine, c’est sans doute la raison pour laquelle ce terme figure dans la version du Roi Jacques et dans d’autres traductions anglaises, surtout dans les versions catholiques. Pour savoir comment appliquer le mot “ Lucifer ”, rappelons-nous ces points :
Premièrement, il s’agit d’une prophétie adressée en premier lieu au roi de Babylone qui, en raison de ses victorieuses expéditions militaires, la conquête du pays de Juda en 607 av. J.-C. en particulier, devint le dominateur du monde et partant semblable au porteur de l’aurore, à l’étoile du matin Vénus, laquelle, après le soleil et la lune, est le plus éclatant des corps célestes.
Deuxièmement, comme il ressort du És 14 verset 4, version des Moines de Maredsous, il s’agit en réalité d’un cantique ironique : “ Tu chanteras cette satire sur le roi de Babylone. ” Elle est dirigée contre quelqu’un qui s’est élevé très haut et dont on se moque lors de sa chute.
Troisièmement, les “ astres ” ou “ étoiles ” mentionnés ne doivent pas être pris au sens littéral. Les saintes Écritures désignent parfois un glorieux prince comme étant un “ astre ”. Nous lisons : “ Un astre (une étoile, Li) sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël. ” (Nomb. 24:17). Puisque les princes ou rois de Jérusalem étaient “ assis sur le trône de Jéhovah ”, il est juste de parler d’eux comme étant des “ étoiles de Dieu ”.
C’est pourquoi, lorsque le roi de Babylone fit prisonnier Sédécias, dernier roi de Juda, il éleva son trône au-dessus des étoiles de Dieu et se fit ainsi, dans ce sens particulier, l’égal du Très-Haut. Ce n’est qu’à ce moment-là, lorsque Satan, le dieu du roi de Babylone, devint vraiment le “ dieu de cet ordre de choses ”, qu’il fut préfiguré par le roi de Babylone et qu’on pouvait parler de lui d’une manière sarcastique comme étant l’Éclatant ou Lucifer. — II Cor. 4:4, NW.
Nous voyons donc que ce titre ne se rattache pas à la perfection originelle, à la beauté et à l’éclat que répandent les pierres précieuses, qu’il possédait en qualité de chérubin protecteur et qui sont décrits dans la prophétie d’Ézéchiel (28:14-17). Ce titre ne peut être appliqué à Satan qu’en se raillant de lui et seulement à partir de l’année 607 av. J.-C. Pour d’autres renseignements à ce sujet, voir La Tour de Garde du 15 mars 1950, pages 83 à 91.