Pourquoi murmurer ?
LES murmures de la nature sont agréables à l’oreille. La douce brise qui fait murmurer les feuilles des arbres est un tel délice qu’elle a inspiré aux poètes et aux compositeurs maints sonnets et mélodies. Plaisant également est le murmure des ruisseaux qui serpentent à travers bois et prairies.
On ne peut en dire autant du murmure de la langue humaine, car il est loin d’être agréable à entendre. Le Larousse en donne la définition suivante : “ Plaintes de gens mécontents (...) prononcées à voix basse. ” Veuillez noter qu’il s’agit de paroles exprimées à voix basse et non prononcées clairement et à haute voix. Apparemment, celui qui murmure a des doutes — conscients ou inconscients — quant à la sagesse de ce qu’il exprime, si ce n’est même sur leur fondement ou sur leurs motifs.
Aujourd’hui, nous entendons murmurer pour un rien : Les enfants murmurent contre leurs parents, les épouses contre leur mari, les patrons contre leurs employés ; il faut encore ajouter les nombreux murmures inaudibles contre ce que Dieu permet, le blâmant pour le mal qui est dans le monde. Pourquoi tous ces murmures ? Ceux qui ne murmurent point ne sont-ils pas dans la même condition ? Sans aucun doute !
Il n’y a jamais de raison valable pour murmurer. C’est insensé, pour ne pas dire plus. Les murmures rendent leur auteur encore plus malheureux ; ils contrarient les autres, s’ils ne les contaminent pas par leur teneur. Ils conduisent souvent au ressentiment et sont le départ des mauvaises actions. On peut dire que celui qui murmure manque d’aimer Dieu et son prochain, si ce n’est lui-même.
Ceux qui murmurent contre Dieu manifestent un manque d’amour pour lui. Si nous aimons quelqu’un, nous avons confiance et ne murmurons pas contre. Ce fut la préoccupation des Israélites ; ils ne furent pas plutôt délivrés de la mer Rouge qu’ils murmurèrent contre la nourriture et la boisson. Étaient-ils menacés de faim et de soif ? Pas du tout ! Plus tard, au retour des dix infidèles espions, porteurs d’un rapport défavorable, disant qu’on ne pouvait prendre le pays d’où ils venaient, les murmures recommencèrent. Pourtant, Dieu n’avait-il déjà pas accompli maints miracles à cette époque ? Ne pourrait-il de même s’occuper des ennemis qui viendraient à leur rencontre ? N’avait-il déjà pas vaincu les Égyptiens ? N’avait-il pas promis à son peuple de le conduire dans un pays où coulaient le lait et le miel ? Bien sûr. Mais, faute d’amour, ils manquèrent de foi, de confiance : ils murmurèrent. — Exode 16:7, 8 ; Nombres 13:25–14:29.
Ceux qui aujourd’hui murmurent contre Dieu à cause de ce qu’il permet révèlent un manque d’amour, de foi et de confiance. Ne recevons-nous pas journellement sa bonté ? Ne voyons-nous pas à chaque instant des preuves de sa sagesse et de sa puissance ? Ne pourrions-nous nous dire qu’il doit avoir de sérieuses raisons pour permettre les conditions qui nous vexent ? Il a non seulement de telles bonnes raisons, mais il a voulu ces conditions pour qu’elles soient enregistrées dans la Bible. Une étude de cette Parole, avec l’assistance qu’il a providentiellement fournie, vous aidera à apprécier ces raisons, la principale étant la justification de sa souveraineté.
Puis, les murmures peuvent être dus à un manque d’amour pour son prochain. “ L’amour couvre une multitude de péchés ”, mais celui qui murmure ne peut passer outre aux manquements des autres, ni leur montrer quelque indulgence : alors, il murmure. Il s’érige en juge et maugrée parce que les autres ne sont pas à sa mesure ; il perd de vue qu’il commet lui aussi des fautes et que, si quelqu’un “ se tient debout ou s’il tombe, cela regarde son maître ”. — I Pierre 4:8 ; Rom. 14:4.
Ce manque d’amour se manifeste parfois par des murmures d’envie. Tels Koré, Débora, Dathan et Abiram qui murmurèrent contre les hommes choisis par Dieu, Moïse et Aaron. À cause de leur manque d’amour, les murmurateurs négligèrent le fait que Dieu avait lui-même désigné Moïse et Aaron à la première place pour conduire le peuple. Ils oublièrent aussi que tout le monde ne pouvait prendre la tête et qu’il était nécessaire que plusieurs suivent. — Nombres 16:1-40.
Quelques-uns des ouvriers de la parabole du vigneron manifestèrent le même esprit. On se souvient qu’à la fin de la journée ils reçurent tous la même paie, bien qu’ayant travaillé un nombre d’heures différent. Ceux qui avaient travaillé le jour durant murmurèrent parce que leurs compagnons d’œuvre avaient reçu le même salaire. Et pourtant, ils avaient eux-mêmes perçu le montant convenu avant de commencer. Le maître de la vigne leur dit : “ Ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ? ” Oui, le manque d’amour pour le prochain conduit le mécontent à des murmures d’envie. — Mat. 20:1-15.
Les murmures ne sont pas toujours uniquement dus au manque d’amour pour Dieu et son prochain : il peut s’agir aussi d’un manque d’amour de soi-même. Le mécontentement est aussi une forme de murmures. Les gens qui ne s’aiment pas suffisamment persisteront à manifester leur mécontentement, se faisant des reproches, tempêtant contre eux-mêmes, se rendant malheureux, eux et leur entourage. Ainsi frustrés, ils reportent leur mauvaise humeur sur les autres en se plaignant d’eux. Si nous avons reçu le commandement d’aimer notre prochain comme nous-même, c’est qu’il nous faut nous aimer. Nous ne devrions par conséquent pas nous attendre à trop de notre part, mais garder une appréciation raisonnable de nos manquements comme de nos possibilités.
Celui qui est enclin à murmurer devrait se demander : Est-ce que je manque d’amour pour Dieu, pour mon prochain, ou pour moi-même ? Dieu permettrait-il ces conditions qui me vexent si quelque chose de bon ne pouvait en résulter ? Est-ce que j’apprécie les avantages que me procurent ceux contre lesquels je murmure ? Ai-je essayé de m’expliquer, gentiment et calmement, avec celui contre lequel je suis enclin à maugréer ? Si rien ne peut être fait, quel profit suis-je en train de tirer de mes récriminations ? Suis-je trop sévère avec moi-même ?
Les chrétiens voués de la société du monde nouveau devraient particulièrement s’examiner quand ils sont tentés de murmurer. Jéhovah a dirigé son organisation avant que nous n’y soyons associés. Ayons humblement foi et confiance en lui, et en les instruments qu’il a choisis pour agir comme surveillants à différentes fonctions. Si les choses ont vraiment besoin d’être changées, soyons patients et ayons foi en Dieu qui saura agir le moment voulu. Entre-temps, ne nous rendons pas malheureux, nous et les autres, en murmurant. Oui, vraiment, pourquoi murmurer ?