BIBLIOTHÈQUE EN LIGNE Watchtower
Watchtower
BIBLIOTHÈQUE EN LIGNE
Français
  • BIBLE
  • PUBLICATIONS
  • RÉUNIONS
  • w81 15/9 p. 6-12
  • La foi peut vous aider

Aucune vidéo n'est disponible pour cette sélection.

Il y a eu un problème lors du chargement de la vidéo.

  • La foi peut vous aider
  • La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah 1981
  • Intertitres
  • Document similaire
  • BEAUCOUP PERDIRENT LA FOI
  • LA FOI CHEZ LES FEMMES
  • PRISONNIÈRE CHEZ STALINE ET CHEZ HITLER
  • LA FOI VOUS AIDERA
  • J’ai survécu à la “marche de la mort”
    La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah 1980
  • J’ai gardé la foi aux côtés de mon mari
    La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah 1980
  • De la haine à l’amour
    Réveillez-vous ! 1995
  • Avec l’aide de Jéhovah, nous avons survécu aux régimes totalitaires
    La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah 2007
Plus…
La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah 1981
w81 15/9 p. 6-12

La foi peut vous aider

TÉMOIGNAGE DES CAMPS DE CONCENTRATION

QU’ÉVOQUENT pour vous les camps de concentration?

Sans doute cela vous rappelle-​t-​il le regard terrifié de gens que l’on fait descendre des camions pour les conduire à la mort, ou bien des prisonniers épuisés, tombant presque d’inanition, obligés de vivre dans leurs excréments et rongés par la maladie. Cela peut encore vous faire penser aux expériences médicales inhumaines ou aux fours dans lesquels on a brûlé un nombre incalculable de corps.

Toutes ces images faisaient effectivement partie de la terrible vie concentrationnaire.

Mais nous pouvons nous rappeler autre chose. Aussi horribles qu’aient été les camps nazis, des centaines de milliers d’hommes et de femmes se sont efforcés d’y vivre. Jour après jour, ils luttaient pour rester en vie malgré la maladie, les coups, l’épuisement et les exécutions sommaires. Ils essayaient de se nourrir, de se tenir au chaud et d’échapper à la maladie. Ils devaient travailler, dormir et compter avec les autres prisonniers.

Malgré l’horreur des camps de concentration nazis, et peut-être même à cause de celle-ci, nous chercherons dans ces camps la preuve que la foi peut vraiment aider les individus. Peut-être ne connaîtrons-​nous jamais de tels endroits, mais nous pouvons tirer des leçons de ce qui s’y est passé.

BEAUCOUP PERDIRENT LA FOI

L’un des principaux effets de la vie concentrationnaire fut de faire perdre la foi aux prisonniers. L’écrivain Philip Yancy rapporte: “Certains survivants perdirent leur foi en Dieu. Les Juifs y étaient particulièrement enclins; élevés avec la conviction de former le peuple élu, ils découvraient brusquement, comme le déclara l’un d’entre eux, que ‘c’est Hitler qui a tenu ses promesses’.”

Élie Wiesel décrit l’effet produit par la pendaison d’un jeune garçon. Les SS réunirent les prisonniers en face de la potence. Pendant que le garçon agonisait lentement, un détenu s’écria: “Où est Dieu, à présent?” Wiesel ajoute: “J’ai entendu une voix en moi qui répondait: ‘Où est-​il? Il est là, au bout de la corde.’”

Parmi ceux qui se disaient chrétiens, beaucoup perdirent aussi la foi. Harry Cargas (dans The Christian Century) montre en ces termes quel était le sentiment de bien des anciens pratiquants: “À mon avis, l’Holocauste est la plus grande tragédie que les chrétiens aient connue depuis la crucifixion. Celle-ci entraîna la mort de Jésus; l’Holocauste a signifié pour ainsi dire la mort du christianisme. (...) Peut-​on encore être chrétien aujourd’hui, quand on sait que les camps de la mort ont presque tous été conçus, bâtis et dirigés par des hommes qui se disaient chrétiens?”

Il y eut cependant un groupe dont la foi n’a pas été détruite. Les Témoins de Jéhovah avaient compris, grâce à l’étude de la Bible, que Dieu n’était pas responsable de la cruauté qui régnait dans les camps ni des souffrances que l’humanité a endurées au cours des siècles. Au contraire, toutes ces choses l’attristent et sont la preuve que l’homme est incapable de diriger ses pas sans l’aide du Créateur (Jér. 10:23; Eccl. 8:9). Dieu a promis dans sa Parole qu’au moment fixé, il fera disparaître la méchanceté de la terre. Il réparera les torts qu’ont subis les hommes de foi, dût-​il pour cela les ramener à la vie. — Rév. 21:4; voir aussi le livre Le bonheur — Comment le trouver?a, sous le chapitre “La méchanceté — Pourquoi Dieu la permet-​il?”

LA FOI CHEZ LES FEMMES

Voyons, par exemple, quels effets la vie concentrationnaire a eus sur les femmes.

Dans son autobiographie (Le commandant d’Auschwitz parle), Rudolf Hoess écrivit: “Le camp de femmes, qui était dès le début rempli à craquer, conduisait la plupart des femmes internées à l’anéantissement moral, suivi tôt ou tard de la déchéance physique. Les conditions qui régnaient dans ce camp étaient déplorables sous tous les rapports.”

Bien sûr, les conditions différaient quelque peu d’un camp à l’autre ou d’une année sur l’autre. Néanmoins, Hoess affirme: “Lorsque les femmes étaient arrivées à un certain niveau de déchéance, elles se laissaient aller complètement. Semblables à des fantômes, dénuées de toute volonté, elles erraient entre les baraques, se faisaient traîner par les autres: un beau jour, elles mouraient.” La conduite des prisonnières auxquelles on donnait une certaine autorité contribuait à cet état de choses. Selon Hoess, “ces femmes surpassaient de loin leurs homologues masculins en vulgarité, en bassesse et en avilissement”.

Mais le commandant d’Auschwitz ajoute: “Contrastant avec ces éléments déplorables, on trouvait ‘les sectatrices de la Bible’ [Témoins de Jéhovah], désignées vulgairement comme ‘abeilles ou vermisseaux de la Bible’. Malheureusement trop peu nombreuses, elles étaient très recherchées.”

Comment ces femmes Témoins de Jéhovah se sont-​elles comportées au milieu des horreurs des camps de concentration nazis? Quels effets cette épreuve a-​t-​elle eus sur leur foi? Nous trouvons des renseignements de première main dans le livre de Margarete Buber intitulé Prisonnière chez Staline et chez Hitler (all., 1949).

Margarete Buber et son mari furent des membres éminents du parti communiste allemand au début des années 30. Envoyés à Moscou, ils furent arrêtés pour “déviationnisme”. Bien que toujours attachée à la doctrine communiste, Margarete Buber fut internée dans un camp, en Sibérie. Plus tard, on la remit aux nazis, et, pendant cinq ans, elle vécut dans l’horrible camp de concentration pour femmes de Ravensbrück.

Là, elle assuma pendant quelque temps la fonction de doyenne de block (on appelait ainsi un prisonnier responsable des détenus d’une même baraque). La plupart des femmes de son block étaient des Témoins de Jéhovah (ou Étudiants de la Bible). Le livre de Margarete Buber renferme donc le témoignage oculaire d’une prisonnière politique qui n’était pas elle-​même Témoin de Jéhovah. Son récit nous a été confirmé par Gertrude Poetzinger, une chrétienne Témoin de Jéhovah qui a passé plus de quatre ans à Ravensbrück et qui travaille aujourd’hui avec son mari au siège mondial des Témoins de Jéhovah, à Brooklyn, aux États-Unis. Ce qui suit est le condensé de certaines parties du livre qu’a écrit Margarete Buber. Nous le publions avec la permission de l’auteur et en traduisant ses propres termes.

PRISONNIÈRE CHEZ STALINE ET CHEZ HITLER

Toute femme qui arrive dans un camp de concentration passe par une période tragique durant laquelle elle se trouve ébranlée jusqu’au plus profond d’elle-​même, quelle que soit la robustesse de sa constitution physique ou la solidité de ses nerfs. À Ravensbrück, les souffrances des nouvelles prisonnières se faisaient plus aiguës d’année en année, et c’est ce qui explique que leur taux de mortalité fût supérieur aux autres. Selon les personnalités, il fallait des semaines, des mois, parfois des années, avant qu’une prisonnière se résignât et s’adaptât à la vie concentrationnaire. C’est pendant cette période-​là que le caractère change. Petit à petit, l’intérêt pour le monde extérieur et pour les autres prisonniers décline.

À mon avis, rien n’est plus démoralisant que la souffrance, qu’une souffrance insupportable accompagnée de l’humiliation qu’hommes et femmes subissent dans les camps de concentration. Quand un SS frappait, vous n’osiez pas riposter. Quand un SS proférait des menaces ou des insultes, vous deviez vous taire et ne jamais répondre. Vous aviez perdu tous vos droits humains, tous, sans exception. Vous n’étiez plus qu’un être vivant avec un numéro pour vous distinguer de vos compagnons d’infortune.

Je ne parle pas ici des prisonnières qui occupaient certaines fonctions et qui pouvaient se permettre de maltraiter les détenues dont elles avaient la charge. Je veux parler des prisonnières ordinaires. Si l’une d’entre elles recevait un gramme de nourriture en plus, un morceau de pain légèrement plus gros ou une ration de margarine ou de saucisson un tant soit peu supérieure à celle des autres, on assistait aussitôt à des manifestations haineuses de colère et de rancœur.

Entre le moment où nous sautions de nos grabats et celui où nous devions nous mettre en rangs dehors pour l’appel, nous avions trois quarts d’heure pour nous laver, nous habiller, ranger nos armoires et avaler notre “petit déjeuner”. Déjà dans le meilleur des cas, cela n’irait pas sans difficulté, mais imaginez ce que cela pouvait représenter dans une baraque où une centaine d’autres femmes couraient en tous sens pour faire la même chose! On n’entendait que grossièretés et insultes.

[Ces quelques lignes décrivent en partie ce que Margarete Buber a vécu dans le camp de Ravensbrück. Puis on l’a nommée doyenne au block 3, où se trouvaient à l’époque les Étudiantes de la Bible.]

Cet après-midi-​là, j’ai pris mes fonctions au block 3. L’atmosphère y était différente. Le baraquement, silencieux, sentait la lessive, le désinfectant et la soupe aux choux. Deux cent soixante-dix détenues étaient assises à table. Quand je suis entrée, une grande femme blonde s’est levée, m’a offert un siège et m’a servi un bol de soupe. Je ne savais trop que faire.

Partout, le long des tables, je voyais les mêmes visages humbles et souriants. Toutes avaient les cheveux tirés en arrière et ramassés en chignon. Elles étaient assises dans un ordre parfait et mangeaient toutes avec un mouvement qu’on aurait pu croire synchronisé. La plupart semblaient être des paysannes, dont le visage émacié avait été tanné et ridé par le soleil et par le vent. Beaucoup avaient déjà passé plusieurs années en prison et en camp de concentration.

Le block abritait deux cent soixante-quinze femmes qui étaient toutes des Étudiantes de la Bible. Ces prisonnières modèles connaissaient les règles du camp sur le bout des doigts et les observaient à la lettre. Chaque placard était absolument identique au suivant, et tous étaient d’une propreté irréprochable. À la porte des placards, les serviettes pendaient, toutes pliées de façon réglementaire. Les bols, les assiettes, les tasses et autres ustensiles étaient tous propres et astiqués. Les tabourets étaient vigoureusement nettoyés et toujours rangés les uns sur les autres de façon impeccable. Il n’y avait pas un endroit poussiéreux, pas même sur les poutres (car il n’y avait pas de plafond pour nous cacher la toiture). On me rapporta que des surveillants SS entraient parfois avec des gants blancs, passaient le doigt sur les saillies et sur le dessus des armoires, et qu’ils montaient même sur les tables pour voir s’il y avait de la poussière au-dessus des poutres.

Les toilettes et les douches respiraient la même propreté. Mais les dortoirs, de cent quarante lits chacun, battaient le record. La vue des lits étonnait. Les paillasses et les oreillers ressemblaient à des boîtes. Les couvertures étaient soigneusement pliées, toutes de la même façon et dans les mêmes dimensions, et disposées sur les lits au même endroit. Les châlits portaient chacun une carte avec le nom et le matricule des prisonnières qui dormaient dedans et, sur la porte, un plan précis du dortoir indiquait l’emplacement des couchettes et les noms de leurs occupantes, de sorte que n’importe quel surveillant pouvait dire immédiatement où se trouvait chaque détenue.

À l’époque où j’étais doyenne de block chez les asocialesb, j’étais accaparée toute la journée par diverses tâches et toujours hantée par quelque nouvelle crainte. Avec les Étudiantes de la Bible, en revanche, la vie était calme. Tout était réglé comme une horloge. Le matin, pendant que tout le monde s’affairait avant l’appel, personne n’élevait la voix. Dans les autres baraques, les doyennes de block devaient s’égosiller avant que leurs codétenues finissent par sortir et par se mettre en rangs. Mais ici, cela se passait dans le silence, sans que j’aie besoin d’ouvrir la bouche, et il en allait de même dans tous les autres domaines de la vie concentrationnaire: distribution de nourriture, extinction des lumières, etc.

Chez les Étudiantes de la Bible, ma tâche principale consistait à leur rendre la vie aussi supportable que possible et à leur épargner toute tracasserie de la part du chef de block SS. Jamais il n’y eut de vol au block 3. Le mensonge et la délation y étaient aussi inconnus. Non seulement chaque femme agissait avec beaucoup de conscience sur le plan individuel, mais elle s’estimait responsable du bien-être de tout le groupe. Ces femmes ne mirent pas longtemps à comprendre que j’étais leur amie.

Une fois que cette amitié fut bien établie et que j’eus la certitude qu’aucune ne me trahirait, j’ai pu faire beaucoup pour elles. Par exemple, j’ai inventé toutes sortes d’excuses et d’expédients pour épargner aux plus âgées ou aux plus faibles les longues heures de station debout pendant l’appel. Jamais je n’aurais pu faire cela avec les asociales, car, à l’idée que l’une des leurs était favorisée, les plus valides m’auraient dénoncée aux SS.

À Ravensbrück, les Étudiantes de la Bible formaient le seul block homogène du camp. Quand je suis entrée dans leur baraque pour la première fois, je n’avais qu’une idée extrêmement vague de leurs convictions religieuses et de la raison pour laquelle Hitler les avait en aversion. Et ce mot aversion n’est d’ailleurs pas encore assez fort pour décrire l’attitude de cet homme qui les accusa d’être des ennemis de l’État et qui les persécuta sauvagement.

Les Étudiantes de la Bible comprirent rapidement qu’elles auraient du mal à me convertir, mais elles n’en continuèrent pas moins à me témoigner de la sympathie et caressèrent toujours l’espoir que je finisse par “voir la lumière”. D’après ce que j’ai cru comprendre, elles croyaient que toute l’humanité, à l’exception des Témoins de Jéhovah, allait bientôt sombrer dans les ténèbres éternelles lors de la fin du monde. Le bien allait finalement l’emporter sur le mal. Les nations ne lèveraient plus l’épée l’une contre l’autre, le léopard se coucherait avec le chevreau, et le veau, et le jeune lion, et la jeune bête grasse, tous ensemble. Personne ne ferait de mal ni ne causerait de ravage sur la montagne sainte de Dieu. La mort ne serait plus, et tous les survivants connaîtraient un bonheur sans fin.

Ces croyances simples et qui satisfaisaient les Étudiantes de la Bible leur insufflaient de la force et les aidaient à endurer de longues années de vie concentrationnaire, avec tous les outrages et toutes les humiliations que cela supposait, sans perdre pour cela leur dignité humaine. On leur donna l’occasion de prouver que la mort ne leur faisait pas peur, et elles le prouvèrent. Elles n’hésitèrent pas à mourir pour leur foi.

Prenant le Sixième Commandement à la lettre, les Témoins de Jéhovah condamnaient résolument toute guerre et tout service militaire. Leur détermination dans ce domaine coûta la vie à beaucoup de membres masculins de la secte. Les femmes aussi refusaient de faire tout travail qui leur paraissait soutenir l’effort de guerre.

Leur sens du devoir et des responsabilités était inébranlable; c’étaient des prisonnières travailleuses, honnêtes et obéissantes. Elles étaient même, pour ainsi dire, des ‘prisonnières volontaires’, puisqu’il leur suffisait, pour être libérées sur-le-champ, de signer le formulaire spécialement rédigé pour les Étudiants de la Bible et qui disait: ‘Je déclare par la présente qu’à partir d’aujourd’hui, je ne me considère plus comme Étudiant de la Bible et que je ne ferai rien pour servir les intérêts de l’Association Internationale des Étudiants de la Bible.’

Avant que je devienne leur doyenne de block, les Étudiantes de la Bible avaient beaucoup souffert de la présence de Kaethe Knoll [l’ancienne doyenne de block], qui avait tout fait pour les empêcher de discuter de religion. Leur interdire de parler de ce sujet et de comparer leurs notes — d’“étudier la Bible”, en somme — était pour elles une sorte de supplice chinois, et Kaethe Knoll avait pris un malin plaisir à le leur infliger.

J’étais leur doyenne de block depuis quelque temps déjà quand j’ai découvert que mes ‘vermisseaux de la Bible’, comme on les appelait dans le camp, possédaient des Bibles et des écrits de leur secte. Elles commencèrent à les apporter en rentrant du travail, cachés dans des seaux et dans des serpillières. Quand je m’en suis rendu compte, je leur ai dit qu’il serait moins dangereux de cacher ces écrits quelque part à l’intérieur du block, et ma proposition fut acceptée avec enthousiasme. Dès lors, elles étudièrent la Bible presque ouvertement dans le block, en fin de journée et le dimanche. Le soir, dans leur lit, avant le passage des femmes SS et de leurs chiens, elles chantaient leurs cantiques à mi-voix. Mon travail consistait à les avertir suffisamment tôt en cas de danger, de façon qu’elles aient le temps de cacher les livres interdits.

Je risquais gros, car, en tant que doyenne de block, j’étais responsable de tout ce qui se passait. Ce fut “l’âge d’or” — l’après-Har-Maguédon — de ma vie dans le camp, mais je me demande encore comment j’ai réussi, malgré les inspections répétées de cette brute de Koegel, à ne pas finir au bunker ou bloc disciplinaire.

Mais j’ai joué un jeu encore plus dangereux. Quand une prisonnière se sentait mal, elle devait me demander de le déclarer au bureau sanitaire. Son sort dépendait du thermomètre; selon ce qu’il indiquait, la malade était transportée à l’infirmerie, recevait le droit de faire des “travaux d’intérieur” ou était envoyée sans merci au travail ordinaire. Parmi les “Témoins”, il y avait bon nombre de femmes âgées qui, bien que n’ayant pas de fièvre, étaient vraiment trop faibles pour travailler. Le seul moyen de les épargner et de leur donner un jour de repos de temps à autre était de faire un faux rapport sur le nombre des ouvrières du kommando, et c’est ce que je faisais. Je préfère ne pas penser à ce qui me serait arrivé si l’on avait découvert le manège. La chose était d’autant plus difficile que notre block était le block d’inspection [la baraque que l’on faisait visiter aux autorités nazies. Voici comment l’auteur décrit l’une de ces visites inopinées:]

Sur le ton du subalterne faisant son rapport, je disais:

“Doyenne de block Margarete Buber, matricule 4 208. Je rapporte avec soumission que le block No 3 est occupé par 275 Étudiantes de la Bible et 3 politiques; 260 sont au travail, 8 sont de corvée de baraque et 7 ont été autorisées à faire un travail intérieur.”

Koegel me fixait de ses yeux d’un bleu transparent, ses mâchoires rasées de près se crispaient, et il grommelait quelque chose. Puis je passais devant les visiteurs pour l’inspection de routine, ouvrant les portes les unes après les autres, y compris celles des trois premières armoires. Quand nous approchions des prisonnières légitimement présentes, je rugissais “Achtung!”, et toutes bondissaient comme des diables à ressorts. Tous les visiteurs, hommes et femmes, S.A., SS et autres étaient impressionnés par l’éclat de l’étain et de l’aluminium. Koegel était généralement le seul à questionner les détenues. “Pourquoi vous a-​t-​on arrêtée?”, demandait-​il; et la réponse était toujours: “Parce que je suis Témoin de Jéhovah.” Koegel s’en tenait là, car il savait par expérience que ces incorrigibles Étudiantes de la Bible ne manquaient jamais une occasion de faire une démonstration [de leur qualité de Témoins]; les visiteurs pénétraient ensuite dans le dortoir, où l’ordre impeccable qui régnait leur arrachait invariablement des exclamations.

Bien que la doyenne surveillante SS Frau Langefeld aidât et protégeât les Témoins, l’une des principales surveillantes, une femme nommée Zimmer, les considérait quant à elle comme sa “bête noire”. Frau Zimmer n’était jamais satisfaite; même le lit le mieux fait ne lui plaisait pas, et elle ne manquait pas une seule occasion d’insulter et de menacer les Témoins.

[Pour troubler la paix et l’unité chrétienne des Témoins, les autorités mirent une centaine d’asociales dans leur block.]

C’était comme si des loups s’étaient jetés sur le troupeau. Les dénonciations, les vols et les cris devinrent partie intégrante de notre vie quotidienne. Les asociales rapportèrent immédiatement les études et les discussions religieuses des “Témoins”. Elles volaient tout ce qu’elles trouvaient et, se croyant les représentantes de l’autorité, elles se conduisaient généralement de façon extrêmement agressive. J’en étais fort affligée; mais il faut dire, au crédit de mes femmes “Témoins”, qu’elles m’ont soutenue dans mes difficultés de toutes les manières possibles. Grâce à elles, nous avons pu tenir pendant six mois — temps que le fléau a duré — sans avoir d’ennuis sérieux.

Je faisais de mon mieux pour isoler les fauteurs de troubles. Je mettais les femmes “Témoins” à des tables à part, afin qu’elles puissent discuter entre elles pendant les repas sans risquer d’être dénoncées, et, la nuit, je plaçais les asociales sur les couchettes du haut et les “Témoins” en bas. Cependant, comme les autorités — Frau Zimmer en tête — avaient dû nous envoyer toutes les énurétiques du camp, l’urine dégouttait toutes les nuits sur les malheureuses occupantes des étages inférieurs.

Un jour, Frau Zimmer, notre vieille ennemie, vint contempler son travail et, remarquant aussitôt que j’avais séparé les brebis des chèvres, elle se tourna vers moi avec indignation.

“Ne croyez pas que je sois aveugle, me dit-​elle. Je sais parfaitement que vous protégez les sectatrices de la Bible. N’essayez plus de séparer les vermisseaux de la Bible et les asociales, vous m’entendez?”

Voilà; il ne me restait plus qu’à les mélanger et à espérer que tout aille bien. C’est alors que Jéhovah est intervenu. Les Étudiantes de la Bible acceptèrent les asociales comme des sœurs depuis longtemps égarées. Ces dernières avaient-​elles faim? C’était naturel! Désiraient-​elles un morceau de pain supplémentaire? Il fallait en trouver un! J’ai vu la charité chrétienne à l’œuvre. Mes sentiments étaient partagés, mais les résultats sont venus. On adoucit les asociales par la gentillesse et l’amitié, puis on commença une campagne destinée à leur faire voir la lumière. En peu de temps, un certain nombre — une Tzigane, une Polonaise, une Juive et une politique — se présentèrent au bureau des SS pour demander qu’on les considérât dorénavant comme des Témoins de Jéhovah et pour réclamer le triangle violet. Quand la situation devint trop préoccupante, les SS se contentèrent de tempêter contre les converties et de les mettre dehors. Puis, quand ils en eurent assez, ils enlevèrent les asociales de notre block et la paix revint. À ce moment-​là, j’ai poussé un soupir de soulagement, et les “Témoins” ont tenu une réunion de prières pour remercier Jéhovah.

LA FOI VOUS AIDERA

C’est chose tragique que des gens aient été plongés dans l’horreur des camps de concentration nazis, quelle qu’ait pu être la raison de leur internement. Mais puisque de tels drames ont eu lieu, pouvons-​nous en tirer une leçon?

Le livre Prisonnière chez Staline et chez Hitler témoigne de la foi que les chrétiennes ont manifestée en cette circonstance. Cette foi n’était assurément pas dictée par l’intérêt. Toutefois, on ne peut manquer de relever les bienfaits qu’a procurés à ces femmes le fait de vivre avec une foi solide en Dieu et dans l’attente du jour où celui-ci ôtera toute méchanceté de la terre.

La foi leur donnait des principes. Elle les aidait à garder leur équilibre mental et moral. Leur santé n’était pas minée par l’anxiété ni leurs forces par le désespoir. La foi les a donc aidées à continuer de vivre un jour après l’autre.

Le psychologue Bruno Bettelheim qui, lui-​même prisonnier, observa de près le comportement des Témoins de Jéhovah dans les camps, a écrit ceci: “Non seulement ils faisaient preuve d’une dignité et d’un comportement moral exceptionnels, mais ils semblaient protégés contre l’influence du milieu concentrationnaire qui détruisait rapidement des personnes que mes amis psychanalystes et moi-​même jugions bien intégrées.” — Le cœur conscient (c’est nous qui soulignons).

Une autre publication (The Dungeon Democracy) ajoute: “Ils étaient parfois un objet de moquerie, mais ils n’y prêtaient pas attention et conservaient leur dignité humaine quand les autres troquaient la leur avec mépris dans la lutte féroce pour la survie.”

Même si vous ne devez jamais connaître de pareilles souffrances, ne trouvez-​vous pas qu’une telle foi peut néanmoins vous aider? Comme tout le monde, vous rencontrez chaque jour des problèmes et subissez des pressions; la foi en Dieu vous aidera alors en vous apportant une plus grande sécurité.

La foi en Dieu et dans sa Parole favorisera aussi vos relations avec autrui. Par exemple, si vous vivez avec une foi profonde, vos semblables vous traiteront probablement avec plus d’honnêteté et de respect. Doutez-​vous qu’il puisse en être ainsi dans la jungle où nous vivons? Voyez ce que Bruno Bettelheim écrit à propos des Témoins enfermés dans les camps: “Bien qu’ils fussent le seul groupe de prisonniers qui ne rudoyaient jamais d’autres codétenus et s’efforçaient d’être courtois, les officiers SS les prenaient de préférence pour ordonnances en raison de la qualité de leur travail et de leur modestie.”

Il en va de même aujourd’hui. Grâce à leur foi et à l’esprit de Dieu, les Témoins de Jéhovah s’efforcent toujours d’être amicaux, doux, honnêtes et travailleurs (Gal. 5:23; Rom. 12:16-18, 21; Jacq. 3:13; Éph. 4:28). De ce fait, ils sont souvent des employés très appréciés. Beaucoup ont trouvé du travail sans trop de difficulté, ont gardé leur emploi quand les autres étaient licenciés ou ont reçu très vite des postes de confiance.

La foi peut encore vous aider dans bien d’autres domaines. Elle peut rendre les jeunes plus heureux et donner un but à leur vie. Elle est utile dans la vie de famille et dans le domaine sexuel. Elle peut vous aider à avoir une meilleure santé et prolonger votre vie.

Mais pour beaucoup, rien ne saurait mieux établir l’utilité de la foi que ces paroles de l’apôtre Paul rapportées en Hébreux 11:6: “Sans la foi il est impossible de lui plaire [à Dieu], car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il est et qu’il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent réellement.”

Des millions de Témoins de Jéhovah attendent avec foi la récompense que Dieu a promise, à savoir la vie dans la paix, la justice et le bonheur sur la terre (II Pierre 3:13). Nous vous encourageons à aller les trouver et à en apprendre plus, à leur contact, sur cette récompense promise et sur la façon dont la foi pourra vous aider, maintenant et pour l’éternité.

[Notes]

a Publié par la Watchtower Bible and Tract Society of New York, Inc. (1981.)

b Les asociales étaient des prostituées, des clochardes, des voleuses à la tire, des alcooliques et autres “éléments parasites”.

[Illustration, page 8]

Gertrude Poetzinger en 1944. Elle faisait partie des 275 Témoins de Jéhovah internés à Ravensbrück.

[Illustration, page 9]

Gertrude Poetzinger aujourd’hui. Elle travaille au siège mondial des Témoins de Jéhovah.

    Publications françaises (1950-2025)
    Se déconnecter
    Se connecter
    • Français
    • Partager
    • Préférences
    • Copyright © 2025 Watch Tower Bible and Tract Society of Pennsylvania
    • Conditions d’utilisation
    • Règles de confidentialité
    • Paramètres de confidentialité
    • JW.ORG
    • Se connecter
    Partager