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Comment je poursuis le but de ma vieLa Tour de Garde 1961 | 1er septembre
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fidèle dans l’œuvre de Jéhovah. Durant un autre discours, à Springfield, Massachusetts, quelques chahuteurs montèrent sur l’estrade, cherchant à troubler le déroulement de la conférence. Je criai plus fort qu’eux, et l’auditoire continua à écouter avec attention. Finalement, les agitateurs s’en allèrent. Deux familles parmi l’assistance devinrent plus tard des ministres de la bonne nouvelle.
Au début de 1914, le Photo-Drame de la Création fut projeté devant les gens parlant l’anglais ; la projection était accompagnée de causeries sur disques fournissant des explications. Plus tard, quand ces discours furent traduits en italien, je fus invité à les lire pendant la projection du film. Sachant qu’il fallait deux heures pour présenter chacune des quatre parties du Photo-Drame, je me demandais si je serais à même de le faire. Puisque Jéhovah avait béni mes faibles efforts dans l’art oratoire, j’étais impatient d’essayer. Il me donna de la force, et je m’en tirais bien. Des milliers de personnes assistèrent aux projections et nombreuses furent celles qui laissèrent leur nom en demandant de plus amples renseignements sur la Bible. D’autres prirent part avec moi à l’œuvre pleine de joie consistant à visiter celles d’entre elles qui habitaient aux alentours du Béthel et à augmenter leur intérêt.
Une sœur dans la vérité, Grace Harris, que le zèle et l’énergie que j’avais déployés avec joie dans les causeries du Photo-Drame avaient frappée, tomba amoureuse de l’orateur. Le frère Russell nous unit en 1916. Grace a été pour moi une véritable compagne pendant plus de quarante ans et elle l’est toujours. Je suis très reconnaissant à Jéhovah de toutes ces bontés.
Quand le Photo-Drame eut servi son dessein, il me resta davantage de temps à consacrer à mes fonctions ; j’étais affecté à la branche italienne de la Société : traduction des lettres et participation au courrier. C’était merveilleux d’être au Béthel ! Puis, en 1916, nous subîmes un terrible choc. Frère Russell mourut dans le train qui le ramenait au Béthel après une tournée de conférences sur le littoral occidental. Beaucoup se demandaient : “ Qu’allons-nous faire maintenant ? ” Nous croyions que frère Russell était “ ce serviteur ” de Matthieu 24:45-47, aux soins de qui tous les intérêts du Royaume étaient confiés. Notre œuvre était-elle achevée ou nous faudrait-il continuer à prêcher la bonne nouvelle comme nous l’avions fait pendant sa vie terrestre ? Quelques-uns se laissèrent aller au découragement et s’en allèrent, mais la majorité continua à travailler et fut richement bénie par le Seigneur.
À la réunion d’affaires de janvier 1917, frère Rutherford fut élu président de la Société. Tout alla bien pendant un temps jusqu’au moment où quelques frères, se croyant les directeurs légaux de la Société, tentèrent de modifier les statuts et d’obtenir la direction de l’œuvre. Leur tentative pour faire du président un simple homme de paille qui servirait leurs ambitions ne réussit pas ; mais leur intervention créa une grande confusion et causa beaucoup de peine aux amis qui étaient fidèles à la Société depuis des années. Ayant échoué, les rebelles quittèrent le Béthel et l’œuvre. Alors les choses continuèrent très gentiment jusqu’en l’été de 1918.
Cette année-là, un groupe de ministres de la fausse religion incita le gouvernement à faire cesser l’œuvre de la Société sous le prétexte que ses fonctionnaires n’étaient pas dévoués à l’effort de guerre. Il fut prétendu que le fait pour
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Entreprendre le service là où le besoin est grandLa Tour de Garde 1961 | 1er septembre
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Entreprendre le service là où le besoin est grand
Les articles paraissant dans La Tour de Garde, intitulés “ Comment je poursuis le but de ma vie ” ont toujours été pour moi une source intarissable d’encouragements. À la lecture des progrès dans la vérité de ces frères et sœurs, de leur courage devant les obstacles et de leur persévérance dans la poursuite du but de leur vie, je trouvais plaisir à partager leurs expériences. Cependant, ce ne fut pas avant d’avoir entrepris personnellement de servir là où le besoin est grand que j’appréciai pleinement la joie débordante que l’on peut goûter dans ce travail. Laissez-moi vous conter la chose.
Après avoir entendu, à une assemblée, le discours vibrant “ Servez là où le besoin est grand ”, discours suivi d’une lettre de la Société, datée du 10 septembre 1957, et adressée à toutes les assemblées, y compris celle où j’habitais au Canada, je me mis à envisager sérieusement l’extension de mon ministère. Bien que je me sois marié vers cette époque, je n’en aspirai pas moins à des champs de service plus vastes.
D’abord, il nous fallut définir l’endroit où le besoin était le plus grand ; nous consacrâmes toutes nos heures de veille disponibles, penchés sur les rapports du Yearbook et des éditions de La Tour de Garde et de Réveillez-vous !, sans parler des nombreuses heures de lunch passées dans les bibliothèques et autres centres d’information. Après avoir choisi trois pays, en accord avec les conseils reçus, nous fîmes connaître nos intentions au bureau de la filiale. La réponse vint immédiatement, accompagnée d’une quantité de renseignements utiles, y compris les noms des firmes auprès desquelles je pourrais obtenir un emploi.
Des jours et des semaines s’écoulèrent, et notre dossier de correspondance s’alourdissait. Notre enthousiasme fut durement éprouvé ; nous reprenions ou perdions courage selon les réponses qui nous parvenaient : “ Aucun débouché ” ; “ vos qualifications ne conviennent pas ” ; “ vous conseillons de rester où vous êtes ”. Tandis que les déceptions se succédaient, nombreuses, notre détermination ne cessait de s’affermir.
Satan usa d’autres ruses encore pour nous empêcher d’étendre notre service pour Jéhovah. Lorsque je me mis à songer à servir là où le besoin est grand, mon patron, qui ignorait alors tout de mes projets, m’offrit de suivre un cours de formation spéciale qui favoriserait mon avancement, augmenterait mon salaire et m’assurerait un avenir dans le monde des affaires. C’était là une offre tentante, mais, fermement résolu à servir Jéhovah là où le besoin était des plus grands, je lui fis connaître gentiment mais fermement la raison de mon refus. Il tenta de me persuader que je rejetais un merveilleux avenir. Néanmoins, après avoir démontré que le ministère était la seule carrière valant la peine et celle que j’avais choisie, je terminai l’entretien en donnant ma démission, laquelle ne deviendrait effective que six mois plus tard. J’eus là une merveilleuse occasion de rendre témoignage à mes associés dans les affaires depuis plus de vingt ans.
Dans l’intervalle, nous nous étions fixé un but : Sarawak, grande île de l’Extrême-Orient, où deux missionnaires avaient établi une toute petite assemblée ; c’était sûrement là un lieu réclamant de l’aide. Jusqu’alors aucun arrangement définitif touchant un emploi n’avait été pris, mais le petit revenu dont nous jouissions, joint à nos économies, nous permettrait certainement un séjour à l’étranger d’un an au minimum ; pendant ce laps de temps, avec le soutien de Jéhovah, nous pourrions accomplir un grand travail.
Tandis que nous dressions nos plans, une sœur veuve, déjà âgée, mais “ prompte d’esprit ” et riche de douze années d’expériences dans le service de pionnier, exprima le désir de servir dans le champ à l’étranger. Elle jugeait la porte fermée pour elle, car elle avait passé l’âge de l’admission à Galaad. Imaginez sa joie d’être invitée à nous accompagner ! Les derniers préparatifs furent achevés sans plus tarder.
EN ROUTE POUR L’EXTRÊME-ORIENT
Le 16 octobre 1958 se leva, brillant et clair, sur la ville de New-York, nous le savons, car nous étions bien trop énervés pour dormir ! Le déjeuner pris, nous nous dirigeâmes vers la partie de la ville de Brooklyn faisant face à la mer. Le bateau s’animait de toute l’activité et du branle-bas qui préludent aux départs. À cinq heures, la dernière corde fut lâchée, et nous voilà en route ! C’était dur de laisser derrière nous la famille et les amis mais, les regards fixés dans la direction du bateau, nous partions pour servir là où le besoin était urgent, en Extrême-Orient.
Nous passâmes les quelques premiers jours en mer à nous reposer de notre course précipitée d’avant le départ, à nouer connaissance avec les huit autres passagers et à lutter contre le mal de mer. Notre premier port d’escale fut Alexandrie, Égypte. Le bateau devait entrer dans le bassin pour vingt-quatre heures, aussi les passagers se préparèrent-ils à descendre à terre, la majorité pour visiter les curiosités de la ville. Notre souci à nous, qui avions faim de la compagnie de nos frères spirituels, était d’être en contact avec eux pendant le court laps de temps disponible.
Lorsque, par un clair matin de dimanche, le bateau aborda, nous étions suspendus à l’appontement, prêts à débarquer. Les formalités de douane accomplies, nous courûmes vers le téléphone le plus proche. Quel fut notre bonheur d’être en contact avec le serviteur de filiale ! Bientôt, grâce à son aide, nous étions dans la Salle du Royaume. L’enseigne, écrite en langue étrangère, en arabe, n’en était pas moins aisément reconnaissable, et signifiait pour nous “ Bienvenue ”.
À notre coup de sonnette, le serviteur de la ville et les autres frères occupés à préparer le matériel d’équipement pour la tribune de la prochaine assemblée vinrent nous accueillir avec quelques paroles chaleureuses.
Quelle joie de faire la connaissance de ces frères, de divers et nombreux groupes nationaux, dont la ferme poignée de main et l’affectueux sourire renversaient si facilement les barrières linguistiques ! Rien ne put les dissuader de nous offrir une plus généreuse hospitalité. Nous prîmes le lunch chez l’une des sœurs et nous goûtâmes pour la première fois à quelques délicieux aliments égyptiens. Après quelques moments passés agréablement en compagnie de cette famille théocratique, nous fûmes emmenés à travers la ville pour visiter certains de ses magnifiques jardins et quelques-unes de ses curiosités. Nous retournâmes à la Salle du Royaume à l’heure de l’étude régulière de La Tour de Garde, qui se fait en trois langues : en grec, en arabe et en français. Ayant servi à Montréal, nous possédions une certaine connaissance du français, aussi nous fut-il possible de profiter de l’étude dans cette langue. Avant et après l’étude, nous nous mêlâmes aux 120 frères au moins rassemblées dans la salle. Nous ne pûmes nous empêcher de remarquer qu’ils n’arrivaient pas juste à l’heure de la réunion, mais une demi-heure avant et qu’ils restaient longtemps après la fin pour prolonger le plaisir d’être avec leurs frères. Après un souper pris sans hâte avec un groupe d’amis, nous prîmes le chemin du retour vers le bateau. Il est difficile de trouver les mots pour exprimer l’effet réconfortant que produisit sur nous cette brève association. Ce fut l’une des nombreuses bénédictions que nous devions goûter pour avoir voulu servir là où le besoin est plus grand.
Après Alexandrie, nous fîmes de brefs arrêts à Port-Saïd et Suez avant d’entrer dans la mer Rouge, à travers laquelle Moïse conduisit les Israélites. À Djeddah, Arabie, les pèlerins mahométans faisaient route vers La Mecque, pèlerinage que tout Musulman doit faire au moins une fois dans sa vie. À Port-Soudan, nous aperçûmes des guerriers soudanais aux épais cheveux embroussaillés. Après un arrêt de courte durée à Aden, perchée sur un promontoire rocheux, nous tournâmes vers l’Est, à travers l’océan Indien.
ÉTAPE À SINGAPOUR
La traversée approchait rapidement de sa fin. Le cliquetis de la chaîne de l’ancre dans sa descente s’était à peine évanoui qu’un groupe de nos frères de Singapour, monté à bord, nous souhaitait la bienvenue. Quel bonheur de renouer connaissance avec le serviteur de filiale et sa femme que nous avions rencontrés à l’Assemblée internationale de la Volonté divine à New-York, et les chaudes salutations de nos nouveaux frères et sœurs chinois nous procurèrent immédiatement la sensation d’être chez nous ! Des mains empressées saisirent nos bagages, et bientôt, nos pieds se posèrent solidement sur la terre ferme après un mois passé en mer.
Pendant la durée de notre séjour, nous ne fûmes pas reçus comme des hôtes par cette sœur, mais plutôt comme des membres de sa famille. Comme ils étaient aimables et affectueux ! Je n’oublierai jamais la mine effrayée des sœurs pendant le souper, le premier soir : les yeux souvent fixés au plafond, elles contemplaient de petites créatures, semblables à des lézards, qui, tournant précipitamment autour des lampes, se régalaient d’insectes. Nous ne tardâmes pas à comprendre l’aide que ces petites bêtes nous apporteraient, et reconnûmes bientôt qu’elles font partie de l’équipement ménager en Extrême-Orient.
Les journées étaient bien remplies, absorbés que nous étions par nos privilèges de service ; nous en vînmes à reconnaître l’impérieuse nécessité de proclamateurs mûrs pour s’occuper des nombreuses personnes de bonne volonté. Vous comprendrez mieux pourquoi nous ressentions ce besoin urgent quand je vous aurai dit qu’au lieu de rapporter les soixante-quinze heures de service exigées d’un pionnier de vacances pendant deux semaines, nous passâmes ce mois-là 120 heures dans le champ, outre le temps considérable consacré aux préparatifs de la prochaine assemblée de district.
Les liens d’amour qui nous unissaient à nos frères et sœurs ne cessaient de se resserrer au point que nous avions l’impression de les avoir toujours connus. L’assemblée terminée, l’heure était venue de nous remettre en route, pour Sarawak. Après une dernière réunion avec nos frères, nous entreprîmes la dernière étape de notre voyage. Quelque hésitation que nous ayons pu ressentir auparavant, tout cela avait disparu depuis longtemps et, spirituellement fortifiés par cette association théocratique, nous envisageâmes avec impatience les privilèges qui nous attendaient.
SERVICE À SARAWAK
Peu de temps après notre arrivée, nous découvrîmes un confortable appartement, et, en l’espace de quelques jours, à mesure que nous joignions nos forces à celles des deux enthousiastes missionnaires, nous commençâmes à goûter l’émotion de rendre témoignage dans un territoire, en grande partie vierge. Imaginez, si vous le pouvez, la scène qui se passe quand des gens posent des questions au sujet de Jéhovah. Des têtes noires s’inclinent en signe d’approbation devant les réponses scripturales ; des sourires d’appréciation éclairent les visages ; et l’offre des publications bibliques est vite acceptée.
Nous avions entendu parler des averses tropicales, mais il faut les avoir vues pour s’en faire une idée exacte. Un soir, sous une averse torrentielle, nous nous rendîmes, après la tombée de la nuit, à une étude de la Bible à domicile. À notre arrivée, nous constatâmes que nous ne pourrions atteindre la maison qu’en passant sur un ouvrage en planches, surélevé, de plus de cent trente mètres de long. La lampe de poche dans une main, le parapluie dans l’autre, une valise plate sous le bras, nous avancions en chancelant. Après une excellente étude, à la clarté de la flamme, poussée par le vent, d’une lampe à huile cassée, nous répondîmes à de nombreuses questions bibliques. Lorsque nous sortîmes, il pleuvait encore, et un petit lac s’était formé. Souliers et chaussettes ôtés, pantalons relevés et jupes retroussées bien haut, nous nous dirigeâmes vers la route, en marchant lentement sur les planches maintenant submergées.
Plus nous travaillions parmi nos voisins, plus nous les comprenions et les aimions. Les publications se plaçaient facilement et, en très peu de temps, peu de maisons de notre voisinage immédiat n’en possédaient pas. C’était facile aussi de commencer des études, dès la première visite souvent. Nous projetâmes les films de la Société dans des salles, des maisons particulières, des hôpitaux, et même dans le village de lépreux. La moyenne des assistants à chacune des treize projections était d’une centaine. Les résultats ne se firent pas attendre. L’assistance à l’étude de La Tour de Garde s’éleva de six à dix, puis douze, et, lorsqu’un programme de conférences publiques fut établi régulièrement, elle s’éleva à quinze, avec des pointes de vingt, voire davantage, et tout cela en moins de six mois.
L’une des missionnaires reçut une lettre d’une élève chinoise que la vue d’un film de la Société avait impressionnée. Bien que ses parents fussent bouddhistes, elle se sentait attirée par la bonne nouvelle et voulait en savoir davantage, écrivait-elle. Une étude fut vite établie, et, en très peu de temps, cette jeune adolescente assista aux réunions, participa régulièrement au service où elle apporta une aide précieuse pour rendre témoignage aux habitants de langue chinoise.
Dans un autre foyer, un ami du maître de maison fit une petite visite le jour de l’étude de livre et fut invité à y assister ; il accepta avec empressement. Par la suite, l’étude initiale fut interrompue, mais cet homme, affamé de vérité, persévéra et, avant d’avoir achevé l’étude de la brochure, se mit à assister à la réunion de La Tour de Garde et à faire des commentaires. Pour y venir, il n’hésitait pas à parcourir à bicyclette une vingtaine de kilomètres, sous un soleil brûlant ou une pluie battante.
Naturellement, notre activité ne resta pas ignorée des autres missions religieuses, surtout quand nombre de leurs étudiants se tournèrent vers nous pour obtenir des réponses à leurs questions sur la Bible. Alors commença une campagne d’intimidation. Certains interrompirent l’étude, mais d’autres tinrent bon. Une pression fut exercée sur les éléments politiques, et nos visas furent annulés. Nous interjetâmes appel, demandant que l’affaire fût reconsidérée, mais en vain, on fit la sourde oreille. Nous fûmes obligés de quitter l’île qui nous avait été attribuée comme territoire.
Quand notre bateau sortit du bassin, plusieurs de nos nouveaux amis étaient là pour nous exprimer leur tendre appréciation de l’aide que nous leur avions apportée. Nous avons adressé de longues et ferventes prières à Jéhovah et Jéhovah ne les a pas abandonnés. Le courrier que nous avons reçu nous a appris que les plus forts font beaucoup pour aider les autres. L’étude de La Tour de Garde est conduite régulièrement. Sans se soucier des efforts des faux bergers pour s’opposer à la volonté divine, le bras de Jéhovah est toujours aussi long, et ceux qui continuent à suivre le bon Berger obtiendront la vie dans le monde nouveau.
Quoique forcés de quitter Sarawak avec notre petite fille de trois mois, née peu de temps après notre arrivée, notre désir de servir là où le besoin est grand n’est pas moins vif. Des millions d’autres hommes vivent ici dans cette partie du monde ; nous avons pensé pouvoir y vivre aussi. Nous voulons être là où il y a le plus grand besoin d’aide. Bientôt une autre voie nous fut ouverte vers un tel lieu : Malacca.
Depuis notre arrivée dans ce territoire, le privilège du service de pionniers spéciaux nous fut offert ; nous en sommes très reconnaissants. C’est maintenant notre deuxième année dans un champ étranger, et en nous laissant absorber complètement par le ministère, nous avons été protégés du véritable danger que constitue le matérialisme et des autres maux du monde de Satan. Notre faible revenu et nos petites économies se sont révélées comparables au pain et au poisson dont Jésus nourrissait la foule ; nous avons largement de quoi vivre. Comme Jéhovah nous a richement bénis ! Comme nous sommes heureux d’avoir répondu à son appel pour servir là où le besoin est grand !
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L’homme-Dieu de la chrétientéLa Tour de Garde 1961 | 1er septembre
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L’homme-Dieu de la chrétienté
DANS la chrétienté, le pont entre Dieu et l’homme est appelé “ Incarnation ”. Le mot “ incarnation ” signifie que Dieu a revêtu la nature de l’homme en la personne de Jésus-Christ. Par là, il devint un homme-Dieu.
Bien que la notion d’un homme-Dieu ne soit pas étrangère au paganisme, cependant l’idée que le Logos deviendrait chair appartient à la chrétienté seule, affirment ces religionistes. Ils soutiennent que les religions païennes enseignent une apothéose ou glorification de l’homme, qu’elles n’enseignent pas une incarnation du vrai Dieu. Selon Charles Hardwick, historien de l’église anglaise, si nous épurons les incarnations païennes de tous les accessoires impudiques et bachiques qui les défigurent et les dégradent, elles sont encore nettement inférieures à la doctrine de l’incarnation telle que l’enseigne la chrétienté, en dépit de frappantes similitudes.
Mais le simple fait de nier le caractère païen de la doctrine ne démontre pas que l’enseignement de l’incarnation vient du christianisme. Dans son livre The Creative Christ, E. Drown associe l’idée de l’incarnation de la chrétienté avec la mythologie grecque païenne. Il dit : “ Cette solide notion (...) se fraya un chemin à partir des sources grecques dans la théologie chrétienne. Il en résulta que l’Incarnation fut trop souvent interprétée en termes physiques plutôt que moraux. ”
Puis il y a des objections d’un autre caractère. Un éminent professeur, le Dr Charles A. Briggs, qui fut aussi prêtre dans l’église protestante épiscopale, enseignait que la naissance de la vierge n’était qu’“ une question de peu d’importance en relation avec l’Incarnation (...) (de sorte qu’elle) ne peut être aussi essentielle que ne l’ont supposé tant de gens. ” Pour Adolf Harnack, théologien allemand et professeur de théologie, Jésus n’était pas Dieu dans la chair, mais seulement un autre rabbin juif. Otto Pfleiderer, théologien protestant allemand et professeur ordinaire de théologie, était étonné des “ innombrables parallèles existant entre les légendes des héros païens et celles des saints chrétiens ”, y compris celle de Jésus-Christ.
Il n’est pas surprenant qu’il y ait des avis contradictoires sur la doctrine de l’incarnation, puisqu’elle ne trouve aucun fondement dans la Bible, seule autorité digne de foi pour ce qui est de la vérité (Jean 17:17). Les anciens Juifs, dans leur longue histoire, n’ont jamais déclaré que l’un quelconque de leurs juges, rois, généraux, prêtres ou prophètes fût Dieu. Les Hébreux et les chrétiens juifs abhorraient absolument la souillure de la mythologie païenne. Ces faits rendent impossible l’idée fantaisiste selon laquelle les chrétiens juifs empruntèrent l’histoire de Jésus à la mythologie païenne. Ni la Bible ni les fidèles chrétiens du premier siècle ne soutinrent le concept païen que Jésus était un homme-Dieu. Par conséquent, lorsque des chrétiens renégats essayèrent de faire passer pour chrétienne l’idée païenne de l’homme-Dieu, ils ne furent pas écoutés. La doctrine elle-même fut établie définitivement environ trois siècles après l’époque de Jésus et fut définie seulement en 451 de notre ère, au concile de Chalcédoine. Le célèbre théologien américain, Henry P. Van Dusen, dont la religion presbytérienne enseigne que Jésus était homme-Dieu, dans son ouvrage World Christianity, page 75, appelle la définition de la nature du Christ donnée par le concile de Chalcédoine un “ non-sens concentré ”.
Durant les deux premiers siècles, une opposition considérable se manifesta contre la doctrine de l’incarnation. Les Ébionites, secte chrétienne juive, au premier siècle, soutenaient que la naissance de Jésus avait été naturelle, qu’il n’était pas Dieu incarné. Arius, ancien d’Alexandrie, qui vécut vers le début du quatrième siècle, enseignait que Jésus et Dieu n’étaient ni coéternels ni coégaux, que Jésus était le chef de toute création, mais non “ d’une seule substance avec le Père ”. Les Docétiques, secte de chrétiens juifs qui se développa au deuxième siècle, croyaient que le corps de Jésus était seulement une apparence, une vision, une hallucination, non matérielle. Le gnosticisme, fusion des croyances “ chrétiennes ” indépendantes, affirmait que le mal est inhérent à la matière et que, pour cette raison, le corps de Jésus n’avait pu être matériel. Valentin, le chef le plus éminent du mouvement gnostique, enseignait que le corps impalpable de Jésus passa au travers de Marie mais ne naquit pas d’elle. D’autres prétendaient que Jésus avait deux volontés, l’une, humaine, l’autre, divine, etc.
Ce fut de ce mélange confus d’avis contradictoires que la chrétienté a reçu sa doctrine de l’incarnation. Puisque certains pensaient que Jésus était homme et que d’autres affirmaient qu’il était Dieu, en 325, le concile de Nicée, présidé par un empereur politique païen, à savoir Constantin, se décida pour un homme-Dieu afin de plaire aux deux partis. Jusqu’à ce jour, cette doctrine, bien que nullement fondée sur les Écritures, est généralement tenue pour juste par les protestants et les catholiques. The Catholic Encyclopedia affirme carrément : “ Christ est Dieu. ” Une publication de l’église presbytérienne parle de Jésus comme “ Dieu et homme ”.
JÉSUS ÉTAIT-IL UN HOMME-DIEU ?
Peu importe ce qu’un concile ou homme quelconque ait déclaré sur la nature de Jésus, l’unique source digne de foi de la vérité religieuse est la Bible. Cette Parole révèle que Jésus est le Fils de Dieu et, comme tel, il n’était pas et n’est pas Dieu. Jésus lui-même a dit : “ Je suis le Fils de Dieu. ” L’ange Gabriel déclara à Marie : “ L’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu. ” Il n’est nullement parlé d’un homme-Dieu ou d’un Dieu-homme. Nulle part dans la Bible Jésus n’est appelé “ homme-Dieu ” ou “ Dieu incarné ”. De telles suppositions ne sont que des tromperies humaines teintées de paganisme. — Jean 10:36 ; Luc 1:34, 35, Jé ; 2:21.
Dans les Écritures, il est fait allusion à Jésus comme étant le “ commencement de la création de Dieu ”. Il est la première création de Dieu, appelée la Parole de Dieu ou Logos. Après le péché d’Adam, le Dieu tout-puissant décida d’envoyer ce Fils unique, le sien, sur la terre pour racheter l’homme du péché. Il devait devenir le second homme parfait ou second Adam. Cela nécessiterait qu’il abandonnât sa vie céleste pour naître homme. Il ne s’agit pas d’une incarnation, mais d’une naissance humaine parfaite. Cela s’accomplit grâce à l’esprit saint ou force de Dieu, comme le montre Luc 1:26-38. Il naquit de la vierge Marie et fut appelé Jésus, qui devint “ l’homme ”. — Apoc. 3:14 ; Jean 1:29 ; 19:5 ; I Cor. 15:45.
Jésus était-il chair et sang ? Jean nous dit : “ La Parole devint chair, et habita au milieu de nous. ” Paul dit de Jésus : “ Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même. ” Si Jésus avait été un homme-Dieu, il aurait été supérieur aux anges et à l’homme. Les Écritures nous affirment qu’il fut fait “ un peu moindre que les anges ”. Il n’était pas non plus coégal à son Père, car il dit lui-même : “ Le Père est plus grand que moi. ” — Jean 1:14, Da ; Héb. 2:14, 9, Da ; Jean 14:28 ; Phil. 2:5-7.
Si Jésus était une incarnation, alors il n’était pas le second Adam ; sa vie, sa mort et sa résurrection, tout cela serait un mensonge. La foi chrétienne serait vaine. Nous serions encore dans nos péchés, sans espérance. Rendons grâces à Dieu, sa Parole reste vraie ! Le Christ est vrai. Il fut le second Adam, un homme parfait qui livra son âme “ en rançon pour plusieurs ”. Ceux qui enseignent que Jésus était un homme-Dieu n’ont aucun fondement scriptural à l’appui de leurs déclarations. Il n’est donc pas étonnant que, lorsque le clergé discute sur cette doctrine de l’incarnation, que The Encyclopedia Americana appelle “ la doctrine principale du christianisme ”, il cherche à se cacher derrière cette inacceptable réponse : “ C’est un mystère. ” — Mat. 20:28, Da.
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