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Prescience, prédestinationAuxiliaire pour une meilleure intelligence de la Bible
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critères déterminants d’après lesquels toute chose peut ou non être déclarée parfaite. — Deut. 32:4; II Sam. 22:31; És. 46:10.
Dès lors, si dans certains domaines Dieu choisit d’exercer sa prescience, qui pourrait certes être infinie, d’une manière sélective et dans la mesure qui lui plaît, qui d’entre les hommes ou les anges pourra lui dire avec raison: “Que fais-tu?” (Job 9:12; És. 45:9; Dan. 4:35). En somme, le problème ne porte pas sur les capacités de Dieu. La question n’est pas de savoir ce qu’il est capable de prévoir et de prédéterminer, car “pour Dieu toutes choses sont possibles”. (Mat. 19:26.) Tout dépend en fait de ce qu’il juge bon de prévoir ou de prédestiner, car “tout ce qu’il lui a plu de faire, il l’a fait”. — Ps. 115:3.
L’usage sélectif de la prescience
L’idée de prescience sélective suppose que Dieu puisse décider de ne pas prévoir sans discrimination tous les actes futurs de ses créatures. Dans cette hypothèse, l’histoire qui a commencé avec la création n’est pas la simple exécution d’un scénario conçu et établi d’avance. Dieu pouvait alors, en toute sincérité, placer devant le premier couple humain la perspective de vivre éternellement sur une terre exempte de méchanceté. Quand il a donné à ses premiers enfants humains la mission de remplir la terre, d’en faire un paradis et de tenir le règne animal dans la soumission, et ce dans la perfection et sans péché, il faisait vraiment preuve d’amour en leur conférant un grand privilège, et il exprimait un désir qu’il éprouvait réellement. Il ne se contentait pas de leur confier une tâche pour la forme, en sachant pertinemment qu’ils étaient condamnés à l’échec. L’épreuve de l’“arbre de la connaissance du bon et du mauvais” et la présence de “l’arbre de vie” dans le jardin d’Éden n’étaient pas une froide mise en scène dépourvue de sens réel, ce qui aurait été le cas si Dieu avait déjà su que le couple humain allait pécher et qu’il n’aurait jamais la possibilité de manger de “l’arbre de vie”. — Gen. 1:28; 2:7-9, 15-17; 3:22-24.
C’est une marque de cruauté et d’hypocrisie que d’offrir quelque chose d’extrêmement désirable à quelqu’un quand on sait qu’il ne remplira jamais les conditions requises pour l’obtenir. Or il ne fait pas de doute que Dieu est de bonne foi lorsqu’il invite tous les hommes à saisir les bienfaits actuels et éternels qu’il leur propose (Mat. 21:22; Jacq. 1:5, 6). C’est en toute sincérité qu’il engage les humains ‘à revenir de leurs transgressions et à rester en vie’, comme il l’a fait jadis pour le peuple d’Israël (Ézéch. 18:23, 30-32; voir Jérémie 29:11, 12). En toute logique, il ne pourrait pas agir ainsi s’il avait prédestiné des individus à mourir méchants (voir Actes 17:30, 31; I Timothée 2:3, 4). Témoin ces paroles qu’il a adressées aux Israélites: “Je n’ai pas dit à la postérité de Jacob: ‘Cherchez-moi pour rien.’ Je suis Jéhovah, énonçant ce qui est juste, révélant ce qui est droit. (...) Tournez-vous vers moi et soyez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de la terre.” — És. 45:19-22.
Dans le même ordre d’idées, l’apôtre Pierre a écrit: “Jéhovah n’est pas lent pour ce qui est de sa promesse, comme certains considèrent la lenteur, mais il use de patience envers vous, parce qu’il ne veut pas que quelqu’un soit détruit, mais il veut que tous parviennent à la repentance.” (II Pierre 3:9, 13). Si, des millénaires à l’avance, Dieu avait déjà prédestiné certains individus au salut éternel et les autres à la destruction définitive, on pourrait se demander à quoi sert sa ‘patience’ et dans quelle mesure il souhaite réellement que “tous parviennent à la repentance”. Sous l’inspiration divine, l’apôtre Jean écrit que “Dieu est amour”, et l’apôtre Paul souligne que l’amour “espère tout”. (I Jean 4:8; I Cor. 13:4, 7.) Compte tenu de cette qualité remarquable, on peut s’attendre que Dieu adopte une attitude ouverte et bienveillante envers tous, qu’il désire sincèrement les sauver jusqu’au moment où certains s’en révèlent indignes et où l’espoir n’est plus permis (voir II Pierre 3:9; Hébreux 6:4-12). C’est pourquoi l’apôtre Paul parle de “la bonté de Dieu [qui] veut te mener à la repentance”. — Rom. 2:4-6.
Enfin, on ne pourrait guère dire que le sacrifice rédempteur de Jésus Christ a été offert pour tous si Dieu, par sa prescience, avait déjà refusé l’accès aux bienfaits qui en découlent à un certain nombre d’humains, peut-être même à des millions, en décrétant avant même leur naissance qu’ils ne pourraient jamais en profiter (II Cor. 5:14, 15; I Tim. 2:5, 6; Héb. 2:9). L’impartialité de Dieu n’est certainement pas un vain mot. “En toute nation l’homme qui le craint et pratique la justice lui est agréable.” (Actes 10:34, 35; Deut. 10:17; Rom. 2:11). Tous les hommes ont vraiment devant eux la possibilité de ‘chercher Dieu, si toutefois ils le cherchent à tâtons et le trouvent vraiment, quoiqu’en réalité il ne soit pas loin de chacun de nous’. (Actes 17:26, 27.) Ce n’est donc pas un faux espoir ni une vaine promesse qui nous sont proposés à la fin du livre de la Révélation où Dieu nous adresse cette exhortation: “Que quiconque entend dise: ‘Viens!’ Et que quiconque a soif vienne; que quiconque le veut prenne l’eau de la vie, gratuitement.” — Rév. 22:17.
CE QUE DIEU À PRÉVU ET PRÉDESTINÉ
Comme en témoigne l’ensemble du récit biblique, Dieu a toujours exercé sa prescience en rapport avec ses desseins et sa volonté. Un “dessein” est un objectif, un but que l’on se propose d’atteindre de terme grec prothésis, qui est traduit par “dessein”, signifie littéralement “ce que l’on place devant soi”). Puisque la réalisation de ses desseins ne fait pas de doute, Dieu peut prévoir l’aboutissement de toutes choses. C’est ce qui lui permet d’arrêter ses desseins et de fixer à l’avance les diverses étapes par lesquelles il juge bon de passer pour les mener à bien. — És. 14:24-27.
Dieu a créé le premier couple humain parfait. Lorsqu’il a contemplé après coup son œuvre créatrice, il l’a trouvée ‘très bonne’. (Gen. 1:26, 31; Deut. 32:4.) Loin d’être méfiant et de s’inquiéter de ce que nos premiers parents allaient faire, il “se reposa”, nous dit le récit biblique (Gen. 2:2). Il pouvait effectivement rester sans crainte, car en raison de sa toute-puissance et de sa sagesse suprême, aucun acte, aucune situation, aucun événement imprévu ne pouvait lui poser un problème insoluble, ni dresser un obstacle susceptible d’entraver l’accomplissement de son dessein infaillible (II Chron. 20:6; És. 14:27; Dan. 4:35). Certains estiment qu’en se retenant d’exercer sa prescience Dieu compromettait l’accomplissement de ses desseins ou les rendait “toujours sujets à être annulés faute de prévoyance, qu’il s’obligeait à remettre continuellement de l’ordre dans son système qui se dégraderait nécessairement à cause des actes de ses créatures douées du libre arbitre”, mais les Écritures n’appuient en rien ce raisonnement. L’usage sélectif de la prévoyance divine ne donnerait pas davantage aux créatures le pouvoir de ‘tenir en échec les mesures prises par Dieu, de l’amener constamment à changer d’avis, de lui causer des ennuis et de le mettre dans l’embarras’, comme les partisans de la prédestination absolue le prétendent (Cyclopædia de M’Clintock et Strong, t. VIII, p. 556). Si les serviteurs terrestres de Dieu n’ont pas besoin de ‘s’inquiéter du lendemain’, il va sans dire que leur Créateur, aux yeux de qui les nations les plus puissantes ne sont qu’“une goutte d’un seau”, n’a jamais eu d’angoisses de ce genre. — Mat. 6:34; És. 40:15.
La prescience et les classes de personnes
Il est vrai que dans certains cas Dieu a bel et bien prévu la voie que des classes de personnes, des nations ou la majorité des humains choisiraient, ce qui lui a permis d’annoncer dans les grandes lignes le cours de leurs actes futurs et de décider à l’avance des mesures qu’il prendrait à leur égard. Toutefois, cet usage de la prescience et de la prédestination n’empêchait nullement les membres de ces classes d’exercer individuellement leur libre arbitre et d’opter pour une autre voie. C’est ce qui ressort des quelques exemples qui suivent:
À l’époque de Noé, Jéhovah a révélé son dessein de détruire des vies humaines et animales par le déluge. Cependant, les Écritures précisent qu’il a pris cette décision seulement lorsque la violence et d’autres formes de malice se sont répandues au point de la rendre nécessaire. Dieu, qui ‘connaît bien le cœur des fils des humains’, a alors constaté, après examen, “que toute inclination des pensées de son cœur [celui de l’homme] n’était toujours que mauvaise”. (II Chron. 6:30; Gen. 6:5.) Toutefois, des individus, en l’occurrence Noé et sa famille, ont gagné son approbation et ont échappé à la destruction. — Gen. 6:7, 8; 7:1.
Le peuple d’Israël nous fournit un exemple analogue. Dieu a d’abord offert aux Israélites la possibilité de devenir “un royaume de prêtres et une nation sainte” en gardant son alliance. Néanmoins, quarante ans plus tard, alors qu’ils se trouvaient au seuil de la Terre promise, Jéhovah annonçait qu’ils violeraient son alliance et qu’il lui faudrait les abandonner collectivement. Cette prescience n’était pas sans fondement, car la nation avait eu le temps de révéler sa propension à la désobéissance et à la rébellion. D’où ce motif énoncé par Dieu: “Parce que je connais bien leur inclination, celle qu’ils laissent se développer en eux aujourd’hui, avant que je les fasse entrer dans le pays au sujet duquel j’ai juré.” (Deut. 31:21; Ps. 81:10-13). Jéhovah pouvait dès lors prédire l’accroissement de la méchanceté par lequel cette tendance déjà manifeste se traduirait inéluctablement, sans qu’on puisse pour autant l’accuser de s’en être rendu responsable par l’usage de sa prescience. À titre d’exemple, si un homme prévoit qu’un bâtiment construit en dépit du bon sens et avec des matériaux de mauvaise qualité finira par tomber en ruines, nul ne l’accusera de cette issue. C’est un principe divin qui veut qu’‘on moissonne ce qu’on sème’. (Gal. 6:7-9; voir Osée 10:12, 13.) De même, des prophètes ont averti leurs auditeurs des jugements que Dieu avait décidé à l’avance d’exécuter, lesquels jugements étaient tous motivés par des conditions et des attitudes de cœur qui s’étaient déjà fait jour (Ps. 7:8, 9; Prov. 11:19; Jér. 11:20). Cependant, chacun avait toujours la possibilité d’écouter les conseils, les réprimandes et les mises en garde de Dieu afin de gagner sa faveur. La preuve en est que plus d’un l’a fait. — Jér. 21:8, 9; Ézéch. 33:1-20.
Le Fils de Dieu, lui aussi, savait lire dans les cœurs (Mat. 9:4; Marc 2:8; Jean 2:24, 25), et son Père l’avait doté de prescience. C’est ce qui lui a permis d’annoncer des situations, des événements et des expressions du jugement divin à venir. Ainsi, il a promis le jugement de la Géhenne aux scribes et aux Pharisiens dans leur ensemble (Mat. 23:15, 33). Toutefois, cela ne voulait pas dire que tous les Pharisiens et les scribes, sans exception, étaient condamnés à la destruction, comme en témoigne le cas de l’apôtre Paul (Actes 26:4, 5). Jésus a également prédit que le malheur s’abattrait sur la population impénitente de Jérusalem et d’autres cités, mais il n’a jamais laissé entendre que son Père avait prédestiné chaque habitant de ces villes à subir une telle peine (Mat. 11:20-23; Luc 19:41-44; 21:20, 21). Il savait aussi à quoi aboutiraient l’inclination et l’attitude de cœur de l’humanité en général, et il a dépeint en conséquence les conditions qui régneraient lors de la “conclusion du système de choses”, ainsi que la façon dont les desseins de Dieu se réaliseraient alors (Mat. 24:3, 7-14, 21, 22). Plus tard, les apôtres de Jésus ont prononcé des prophéties révélatrices de la prescience que Dieu avait exercée au sujet de certaines classes, comme l’“antichrist” (I Jean 2:18, 19; II Jean 7), et ils ont annoncé leur sort final. — II Thess. 2:3-12; II Pierre 2:1-3; Jude 4.
La prescience et les individus
Outre cette prescience relative aux classes de personnes, des individus ont été directement l’objet de prédictions divines. Citons Ésaü et Jacob (que nous avons déjà mentionnés plus haut), le pharaon contemporain de l’exode, Samson, Salomon, Josias, Jérémie, Cyrus, Jean le Baptiseur, Judas Iscariote et Jésus, le Fils de Dieu.
Pour ce qui est de Samson, de Jérémie et de Jean le Baptiseur, Jéhovah avait exercé sa prescience dès avant leur naissance. Cependant, il n’avait pas pour autant fixé leur sort final. En fait, il a seulement utilisé sa prescience pour prédestiner Samson à vivre selon le vœu de naziréat et à délivrer Israël du joug philistin, Jérémie à servir comme prophète et Jean le Baptiseur à accomplir une œuvre préparatoire en tant que précurseur du Messie (Juges 13:3-5; Jér. 1:5; Luc 1:13-17). Certes, il s’agissait là de grandes faveurs; toutefois, cela ne garantissait en aucun cas que ces hommes obtiendraient le salut éternel, ni même qu’ils resteraient fidèles jusqu’à leur mort (bien qu’ils le soient restés tous les trois). Dans le même ordre d’idées, Jéhovah avait annoncé que l’un des nombreux fils de David se nommerait Salomon et qu’il construirait le temple (II Sam. 7:12, 13; I Rois 6:12; I Chron. 22:6-19). Cependant, en dépit de cet insigne honneur et du privilège qui lui avait été donné d’écrire plusieurs livres des Saintes Écritures, Salomon a sombré dans l’apostasie au soir de sa vie. — I Rois 11:4, 9-11.
Il en va de même d’Ésaü et de Jacob. Dieu n’a pas employé sa prescience pour fixer leur sort éternel. Il a seulement déterminé d’avance lequel des groupements nationaux issus de ces deux garçons dominerait l’autre (Gen. 25:23-26). Ce faisant, il laissait aussi entendre que Jacob finirait par recevoir le droit de premier-né, droit qui lui conférerait le privilège d’appartenir à la lignée dans laquelle la “postérité” d’Abraham devait apparaître (Gen. 27:29; 28:13, 14). Par cet acte, Jéhovah a bien montré que lorsqu’il choisit certaines de ses créatures en vue d’une mission particulière il n’est tenu ni par les coutumes ni par l’attente des hommes. Qui plus est, Dieu n’octroie pas des privilèges à quelqu’un uniquement à cause de ses œuvres, de sorte que celui-ci pourrait estimer qu’il les a ‘gagnés’ et qu’ils lui sont ‘dus’. L’apôtre Paul a bien souligné ce point en montrant que, par sa faveur imméritée, Dieu était en droit d’accorder aux non-Juifs des privilèges qui jusque-là semblaient être réservés à Israël. — Rom. 9:1-6, 10-13, 30-32.
Les remarques de Paul relatives à l’‘amour’ de Jéhovah pour Jacob et à sa ‘haine’ pour Ésaü [Édom] sont tirées de Malachie 1:2, 3, texte qui a été écrit longtemps après la mort de Jacob et d’Ésaü. Dès lors, il ne faut pas nécessairement en déduire que Jéhovah avait déjà adopté cette attitude à l’égard des jumeaux avant leur naissance. En tout état de cause, il a été scientifiquement prouvé que la personnalité et le caractère d’un enfant sont en grande partie déterminés, dès l’instant de la conception, par les gènes qu’il hérite de son père et de sa mère. Il va de soi que Dieu est en mesure d’évaluer ce patrimoine génétique. David lui-même reconnaissait que Jéhovah avait vu son “embryon”. (Ps. 139:14-16; voir aussi Ecclésiaste 11:5.) Nous ne savons pas dans quelle mesure Jéhovah a utilisé le même discernement dans le cas de ces deux garçons. Quoi qu’il en soit, en choisissant Jacob de préférence à Ésaü il ne condamnait pas ce dernier ni ses descendants, les Edomites, à la destruction. La preuve en est que même parmi les Cananéens maudits, certains ont obtenu le privilège de se joindre au peuple avec qui Dieu avait conclu une alliance et qu’ils en ont retiré des bienfaits (Gen. 9:25-27; Josué 9:27). En recherchant réellement et avec larmes un “changement d’avis”, Ésaü ne faisait qu’essayer — en vain — d’amener Isaac, son père, à revenir sur sa décision d’accorder exclusivement à Jacob la bénédiction spéciale destinée au premier-né. Il ne se repentait nullement devant Dieu de son attitude matérialiste. — Gen. 27:32-34; Héb. 12:16, 17.
Une autre prophétie de Jéhovah annonçait qu’un descendant de David porterait le nom de Josias et prendrait des mesures contre le faux culte qui se pratiquait dans la ville de Béthel (I Rois 13:1, 2). Plus de trois siècles après, un roi ainsi nommé a réalisé cette prophétie (II Rois 22:1; 23:15, 16). Toutefois, ce même personnage a refusé d’écouter “les paroles de Néco qui venaient de la bouche de Dieu”, ce qui lui a coûté la vie (II Chron. 35:20-24). Par conséquent, bien qu’ayant été désigné à l’avance par Dieu et prédestiné à une œuvre spéciale, Josias avait toujours son libre arbitre, ce qui lui permettait de prêter attention ou de fermer l’oreille aux conseils.
Pareillement, Jéhovah avait annoncé près de deux siècles à l’avance qu’il utiliserait un conquérant du nom de Cyrus pour libérer les Juifs de Babylone (És. 44:26-28; 45:1-6). Cependant, la Bible ne dit nulle part que le Perse qui a reçu ce nom conformément à la prophétie est devenu un véritable adorateur de Jéhovah. À en croire l’histoire profane, il aurait plutôt continué à adorer ses dieux païens.
Ainsi donc, ces quelques cas de prescience exercée avant la naissance de la personne concernée ne vont nullement à l’encontre des qualités et des principes révélés du Créateur. Rien n’indique non plus que Dieu ait contraint ces humains à agir contre leur gré. Par contre, dans le cas de Pharaon, de Judas Iscariote et du Fils de Dieu, nous n’avons aucune preuve que Jéhovah ait exercé sa prescience avant qu’ils ne viennent à l’existence.
Le passage où l’apôtre Paul évoque la façon dont Dieu a agi envers Pharaon est souvent mal interprété. En effet, d’aucuns en ont déduit que Dieu endurcissait arbitrairement le cœur de certaines personnes selon son dessein préétabli, sans égard pour leurs inclinations ou pour leur attitude de cœur antérieures (Rom. 9:14-18). D’après de nombreuses versions de la Bible, Dieu aurait annoncé à Moïse qu’il ‘endurcirait le cœur de Pharaon’. (Ex. 4:21; voir Exode 9:12; 10:1, 27.) En revanche, d’autres versions indiquent que Jéhovah a seulement ‘laissé s’endurcir’ (ZK), ‘laissé s’enhardir’ (Rotherham) ou ‘laissé s’obstiner’ (MN) le cœur de Pharaon. À l’appui de cette option, l’appendice de la Bible de Rotherham fait observer qu’en hébreu l’occasion ou la tolérance d’un événement se confond souvent avec sa cause, et que “même des ordres formels ne sont parfois à interpréter que comme de simples permissions, sans plus”. C’est ainsi qu’en Exode 1:17 l’original hébreu dit littéralement que les accoucheuses ont “fait vivre les enfants mâles”, alors qu’en réalité elles se sont contentées de les garder en vie en s’abstenant de les mettre à mort. Après avoir cité les hébraïsants Kalisch, Gesenius et Davies pour défendre sa thèse, Rotherham définit comme suit le sens des textes hébreux relatifs à Pharaon: “Dieu a permis à Pharaon d’endurcir lui-même son cœur. Il lui a laissé la possibilité et donné l’occasion de révéler toute la méchanceté qui l’habitait. C’est tout.” — The Emphasised Bible, de J. Rotherham, appendice, p. 919; voir Ésaïe 10:5-7.
Cette interprétation s’accorde avec le reste du récit, où nous lisons que c’est Pharaon lui-même qui “endurcit son cœur” (Ex. 8:11, 28, Sg) ou qui “rendit son cœur insensible”. (8:15, 32, MN.) C’est donc de son plein gré qu’il a suivi sa propre tendance à l’obstination, tendance dont Jéhovah avait prévu et prédit les conséquences avec exactitude. Les nombreuses chances que Jéhovah lui a laissées l’ont obligé à prendre des décisions dans lesquelles il a durci sa position de plus en plus (voir Ecclésiaste 8:11, 12). Comme l’apôtre Paul l’explique en citant Exode 9:16, Jéhovah a permis que l’épreuve de force dure ainsi jusqu’à la dixième plaie afin de manifester sa puissance et pour que son nom soit connu par toute la terre. — Rom. 9:17, 18.
La trahison de Judas, elle, accomplissait une prophétie et démontrait la prescience de Jéhovah et de son Fils (Ps. 41:9; 55:12, 13; 109:8; Actes 1:16-20). Cependant, il serait faux de dire que Dieu a prédestiné Judas à ce forfait. Les prophéties annonçaient que l’un des proches de Jésus le trahirait, mais elles ne précisaient pas de qui il s’agirait.
Il semble évident qu’à l’époque où Judas a été choisi comme apôtre, son cœur ne présentait aucun indice de traîtrise. Cet homme a plutôt permis à une ‘racine vénéneuse de pousser en lui au point de le souiller’, ce qui l’a amené à dévier et à accepter, non plus la direction divine, mais l’influence du Diable qui l’a conduit au vol et à la déloyauté (Héb. 12:14, 15; Jean 13:2; Actes 1:24, 25; Jacq. 1:14, 15). Lorsque cette déviation a atteint un certain degré, Jésus lui-même a pu la déceler dans le cœur de Judas et annoncer sa trahison. — Jean 13:10, 11.
Il est vrai que dans le récit de Jean 6:64, où il est question des disciples qui ont achoppé sur certains enseignements de Jésus, nous lisons que “dès le commencement [“dès le début”, Maredsous] Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait”. Bien qu’en II Pierre 3:4 le terme “commencement” (gr. arkhê) désigne la création, il peut aussi se rapporter à d’autres époques (Luc 1:2; Jean 15:27). Par exemple, quand l’apôtre Pierre expliquait que l’esprit saint était tombé sur les non-Juifs “comme il était tombé sur nous, au commencement”, il ne faisait évidemment pas allusion au moment où il était devenu disciple ou apôtre, mais à un autre tournant important de son ministère, à savoir la Pentecôte de l’an 33 qui avait marqué le début de l’effusion de l’esprit saint dans un dessein particulier (Actes 11:15; 2:1-4). Aussi relève-t-on ce commentaire intéressant sur Jean 6:64 dans le Critical, Doctrinal, and Homiletical Commentary de Schaff-Lange: “[Par ‘commencement’] il faut entendre, non pas le commencement métaphysique de toutes choses (...), ni le jour où Jésus avait fait la connaissance de chacun des intéressés (...), ni l’époque où il s’est mis à rassembler les disciples autour de lui, au début de son ministère messianique (...), mais le moment où sont apparus secrètement les premiers germes d’incrédulité [qui ont amené certains disciples à trébucher]. C’est aussi dans ce sens qu’il connaissait depuis le commencement l’identité de celui qui le livrerait.” — Voir I Jean 3:8, 11, 12.
Le Messie
Afin de montrer que Dieu a exercé sa prescience avant même la création de l’homme, les tenants de la prédestination absolue rappelleront également qu’en sa qualité d’Agneau sacrificiel de Dieu, le Christ “était connu par avance, dès avant la fondation [forme du terme grec katabolê] du monde [kosmou]”. (I Pierre 1:19, 20.) Cependant, le terme grec katabolê, qui est traduit par “fondation”, signifie littéralement “action de jeter des fondements”. Il peut s’appliquer à la ‘conception’ d’une postérité, comme en Hébreux 11:11. Il est vrai que, selon Hébreux 4:3, 4, un monde d’humains a été ‘fondé’ quand nos premiers parents ont été créés, mais ces derniers ont perdu leur condition d’enfants de Dieu (Gen. 3:22-24; Rom. 5:12). Néanmoins, dans sa faveur imméritée, Dieu leur a laissé concevoir une postérité. La Bible précise même que l’un de leurs enfants, Abel, a obtenu la faveur divine et s’est mis en position de bénéficier de la rédemption et du salut (Gen. 4:1, 2; Héb. 11:4). Il est à remarquer qu’en Luc 11:49-51 Jésus parle du “sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde”, puis reprend la même idée par l’expression parallèle “depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie”. Ce disant, il rattache Abel à la “fondation du monde”.
Le Messie ou Christ devait être la Postérité promise, celui par qui seraient bénis les justes de toutes les familles de la terre (Gal. 3:8, 14). Il a été question de cette “postérité” pour la première fois après la rébellion en Éden, mais avant la naissance d’Abel (Gen. 3:15). Cela se passait plus de quatre mille ans avant que soit révélé le “saint secret” de l’administration qui devait être mise en œuvre par le Messie. Dès lors, ce secret était effectivement “resté enveloppé de silence durant des temps de longue durée”. — Rom. 16:25-27; Éph. 1:8-10; 3:4-11.
Quand il l’a jugé bon, Jéhovah a confié à son Fils premier-né le rôle de la “postérité” et du Messie. Rien ne laisse entendre que ce Fils ait été “prédestiné” à une telle fonction avant sa création, ni même avant la rébellion en Éden. Lorsque Dieu l’a choisi pour réaliser les prophéties, il ne l’a pas fait sans raison. Compte tenu du temps qu’il avait passé en contact étroit avec lui avant de l’envoyer sur la terre, il ne fait pas de doute que Jéhovah ‘connaissait’ assez bien son Fils pour être certain qu’il accomplirait fidèlement les images et les promesses prophétiques de sa Parole. — Voir Romains 15:5; Philippiens 2:5-8; Matthieu 11:27; Jean 10:14, 15.
‘Appelés et élus’
Il nous reste à parler des passages bibliques relatifs aux “appelés” et aux “élus” chrétiens (Jude 1; Mat. 24:24). Selon les Écritures, ces derniers ont été “choisis selon la prescience de Dieu” (I Pierre 1:1, 2), ‘choisis avant la fondation du monde’, ‘destinés d’avance à être adoptés par Dieu’ (Éph. 1:3-5, 11), ‘choisis dès le commencement pour le salut’ et “appelés” à cette destinée (II Thess. 2:13, 14). Pour bien comprendre ces textes, il faut savoir s’ils se rapportent à la prédestination de certains individus ou à celle d’une classe, en l’occurrence de la congrégation chrétienne, le “seul corps” (I Cor. 10:17) des cohéritiers de Jésus Christ qui régneront avec lui dans son Royaume céleste. — Éph. 1:22, 23; 2:19-22; Héb. 3:1, 5, 6.
Si ces paroles s’appliquent à des hommes et à des femmes prédestinés individuellement au salut éternel, alors il s’ensuit que ces personnes ne peuvent en aucun cas se montrer infidèles ou manquer à leur appel. En effet, la prescience divine n’est pas sujette à l’erreur, et rien ne saurait empêcher quelqu’un de réaliser ce à quoi il a été prédestiné par Dieu. Cependant, les apôtres qui ont écrit les paroles précitées sous l’inspiration divine ont eux-mêmes montré que certains de ceux qui avaient été “achetés” et “sanctifiés” par le sang du sacrifice rédempteur de Jésus, qui avaient “goûté au don céleste gratuit” et “commencé à avoir part à l’esprit saint (...) et aux puissances du système de choses à venir” étaient tombés, au point qu’il leur était impossible de se repentir et qu’ils s’étaient condamnés à la destruction (II Pierre 2:1, 2, 20-22; Héb. 6:4-6; 10:26-29). À l’unisson, les apôtres adressaient à leurs lecteurs des exhortations comme celles-ci: “Évertuez-vous d’autant plus à vous assurer votre appel et votre élection; car si vous continuez à faire ces choses, non, vous ne faillirez jamais.” “Continuez à travailler à votre salut avec crainte et tremblement.” (II Pierre 1:10, 11; Phil. 2:12-16). Bien qu’“appelé à être apôtre de Jésus Christ” (I Cor. 1:1), Paul ne se croyait visiblement pas prédestiné personnellement au salut éternel. La preuve en est qu’il fournissait des efforts acharnés pour atteindre “le but pour le prix de l’appel de Dieu, appel vers le haut” (Phil. 3:8-15), et qu’il veillait soigneusement à ne pas devenir lui-même, “d’une façon ou d’une autre, un homme désapprouvé”. — I Cor. 9:27.
En revanche, si on les applique collectivement à la “nation sainte”, la congrégation chrétienne dans son ensemble (I Pierre 2:9), les textes précités révèlent seulement que Dieu avait prévu et décidé d’avance la formation de cette classe (sans pour cela prédestiner les individus qui la composeraient). Ces passages de l’Écriture indiquent également qu’il avait défini à l’avance le ‘modèle’ auquel devraient se conformer tous ceux qui seraient par la suite appelés à être membres de ce groupe, dans le cadre de son dessein (Rom. 8:28-30; Éph. 1:3-12; II Tim. 1:9, 10). Enfin, il avait déterminé d’avance les œuvres que ces personnes seraient tenues d’accomplir et les épreuves auxquelles elles auraient à faire face en raison des souffrances que le monde leur infligerait. — Éph. 2:10; I Thess. 3:3, 4.
Pour les textes qui se rapportent aux ‘noms écrits dans le livre de vie’, voir l’article NOM.
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PrésenceAuxiliaire pour une meilleure intelligence de la Bible
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PRÉSENCE
Ce mot traduit le grec parousia, de para (“avec”) et ousia (“être”, du verbe éimi, “je suis”). Il signifie donc littéralement “le fait d’être avec”, d’où “présence”. On le rencontre 24 fois dans les Écritures grecques chrétiennes, souvent en rapport avec la présence du Christ et son Royaume messianique.
De nombreuses versions rendent ce terme différemment selon les passages. Tout en traduisant parousia par “présence” dans certains textes, elles lui substituent plus fréquemment le mot “venue”. Voilà pourquoi on parle de la “seconde venue” ou du “second avènement” de Jésus Christ (la Vulgate a rendu le grec parousia par le latin adventus [“avènement” ou “venue”] en Matthieu 24:3). Certes, la présence de Jésus englobe nécessairement son arrivée là où il est présent. Cependant, en traduisant parousia par “venue” on ne met en évidence que l’arrivée et on laisse de côté la présence qui lui fait suite. Tout en reconnaissant que l’on peut traduire parousia à la fois par “arrivée” et par “présence”, les lexicographes s’accordent généralement à penser que ce mot évoque avant tout une présence.
Ainsi, le Dictionnaire grec-français de A. Bailly donne à parousia le sens premier de “présence”. Dans son Expository Dictionary of New Testament Words (t. I, p. 208), W. Vine explique: “PAROUSIA (...) désigne à la fois l’arrivée et la présence qui s’ensuit. Par exemple, dans une lettre [en grec] sur papyrus une femme parle de la nécessité de sa parousia quelque part pour régler des questions ayant trait à ses biens (...). Quand elle se rapporte au retour du Christ, lors de l’enlèvement de l’Église, [la parousia] représente non pas seulement sa venue rapide en faveur de ses saints, mais aussi sa présence avec eux depuis cet instant jusqu’à celui de sa révélation et de sa manifestation au monde.” Le Dictionnaire du Nouveau Testament, de Xavier Léon-Dufour (p. 411), indique que le terme parousia était “utilisé dans le monde gréco-romain pour désigner les visites officielles des empereurs”.
Les écrits profanes sont évidemment utiles à qui veut déterminer la signification de ce terme grec. Toutefois, il est encore plus instructif de considérer l’emploi qui en est fait dans la Bible. Ainsi, en Philippiens 2:12, Paul souligne que les chrétiens obéissaient en tout temps: “Non seulement durant ma présence [parousiaï], dit-il, mais bien plus volontiers maintenant, pendant mon absence [apousiaï].” De même, en II Corinthiens 10:10, 11, après avoir parlé de ceux qui affirmaient à son sujet: “Ses lettres (...) ont du poids et de la force, mais sa présence [parousia] personnelle est faible et sa parole méprisable”, Paul ajoute: “Qu’un tel homme tienne compte de ceci: tels nous sommes en parole, par des lettres, quand nous sommes absents [apontes], tels aussi nous serons en action, une fois présents [parontes].” (Voir également Philippiens 1:24-27). Ainsi donc, l’opposition est faite entre la présence et l’absence, et non entre l’arrivée (ou la venue) et le départ.
Voilà pourquoi on trouve cette observation dans l’appendice de l’Emphasised Bible, de J. Rotherham (p. 271): “Dans cette édition parousia est uniformément rendu par ‘présence’ (le mot ‘venue’ n’a pas été employé pour ce terme-là) (...). Son sens de ‘présence’ est si bien [établi] par son opposition avec l’‘absence’ (...) qu’on se demande tout naturellement: Pourquoi ne pas toujours le traduire de la même façon?”
Que la parousia de Jésus ne consiste pas seulement en une venue soudaine suivie d’un départ rapide, mais plutôt en une présence qui s’étend sur une certaine période, c’est ce qui ressort des paroles du Christ rapportées en Matthieu 24:37-39 et en Luc 17:26-30. Ici, les “jours de Noé” sont comparés à la “présence du Fils de l’homme” (aux “jours du Fils de l’homme”, selon Luc). Jésus ne limite donc pas sa comparaison à la venue du déluge, aboutissement des jours de Noé. Toutefois, il montre que sa “présence” ou ses “jours” connaîtront un dénouement semblable. Puisque les “jours de Noé” ont duré plusieurs années, il y a de bonnes raisons de croire que la “présence [ou les “jours”] du Fils de l’homme” devait aussi s’étendre sur plusieurs années et qu’elle s’achèverait par la destruction de ceux qui n’auraient pas profité de la délivrance qui leur était offerte.
LA NATURE DE LA “PAROUSIE” DU CHRIST
Une parousia ou “présence” peut, bien sûr, être visible. Du reste, ce mot apparaît six fois au sujet de la présence visible d’hommes comme Stéphanas, Fortunatus, Achaïcus, Tite et Paul (I Cor. 16:17; II Cor. 7:6, 7; 10:10; Phil. 1:26; 2:12). Toutefois, elle peut aussi être invisible. C’est ce qu’indique le fait que Paul utilise le verbe apparenté paréimi quand il se dit “présent d’esprit” quoique absent de corps (I Cor. 5:3). De même, l’historien juif Josèphe, écrivant en grec, parle de la “présence de Dieu” au mont Sinaï, présence invisible qui se manifestait par des tonnerres et des éclairs. — Histoire ancienne des Juifs, liv. III, chap. IV, par. 1.
Puisque Jésus Christ, le Fils ressuscité de Jéhovah, a reçu ‘tout pouvoir dans le ciel et sur la terre’ et qu’il est devenu “la représentation exacte de [l’]être même [de Dieu]”, il s’ensuit qu’il peut aussi être présent d’une manière invisible (Mat. 28:18; Héb. 1:2, 3). Il est d’ailleurs à noter que lorsqu’il était sur terre, Jésus Christ était capable de guérir les malades à distance, tout comme s’il était présent en personne. — Mat. 8:5-13; Jean 4:46-53.
Il est également clair que Jéhovah Dieu a soumis les
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