Extrait de l’Annuaire 1950 des témoins de Jéhovah
GRÈCE (Suite et fin)
Les difficultés auxquelles nous devons faire face dans notre ministère se sont accrues cette année. Nous pourrions l’appeler : “ Une année de procès devant les tribunaux. ” En effet, les procès se multiplièrent contre les témoins de Jéhovah, devant les tribunaux tant civils que militaires. L’accusation habituelle est celle de “ prosélytisme ” — simplement offrir nos écrits est considéré comme tel — ou de “ rassemblement illégal ”, appliquée à nos réunions pour l’adoration de Dieu. La perte matérielle occasionnée à nos frères et sœurs par ces procès est incalculable. Plus de 700 comparurent devant les tribunaux et 240 furent condamnés à différentes peines. Mais nous réalisons que les “ privilèges accrus de service dans la prédication de l’évangile viendront avec les persécutions. ”
À présent, environ 25 pères de famille paisibles, de différents villages de Thessalie, sont enfermés dans un camp de concentration à Trikkala, où on leur dit qu’ils seront libérés à condition de signer une déclaration par laquelle ils s’engagent à rentrer au sein de l’église orthodoxe. D’autres frères et sœurs sont en exil dans des îles désertes sans avoir commis d’acte punissable. Dans tous ces cas la seule accusation contre les détenus est qu’ils sont témoins de Jéhovah !
Voici quelques expériences caractéristiques montrant comment les frères et sœurs louent Jéhovah, malgré les conditions dans lesquelles ils se trouvent : Dans une île où sont exilés des frères et sœurs, le témoignage de l’évangile est un sujet de conversation journalière. Beaucoup d’autres personnes exilées, en entendant parler de la vérité, s’y intéressent. Les frères et sœurs attirent l’attention de tous par leur conduite morale et chrétienne. Dans un cas, deux détenus avaient à peine entendu parler de la vérité et regrettaient de devoir partir quelques jours plus tard et d’être privés ainsi de l’occasion d’en apprendre davantage. Les frères et sœurs leur dirent : “ Ne regrettez pas de devoir nous quitter ; si vous êtes sincères, même avant d’arriver dans votre village vous rencontrerez des témoins de Jéhovah qui vous parleront du Royaume de Dieu. ” Et cette expérience a été complétée par un autre frère : “ Je me rendais au Péloponèse en train. Dans un compartiment de troisième classe deux messieurs causaient. Je m’approchai d’eux et au moment opportun leur parlai de la vérité. Immédiatement un d’eux dit : Sur l’île, les témoins de Jéhovah nous ont bien informés car ils nous ont dit qu’avant d’atteindre notre village, le Seigneur enverrait d’autres de ses témoins pour nous parler de la vérité. ”
Pays-Bas
Lorsque les témoins de Jéhovah déploient des efforts pour étendre la véritable adoration dans quelque pays que ce soit, la promesse “ C’est la bénédiction de Jéhovah qui enrichit ” s’avère vraie. Au cours de l’année de service écoulée, les frères et sœurs aux Pays-Bas atteignirent sept nouveaux maximums en proclamateurs. Le dernier, au mois d’août, indique 5 130 serviteurs prêchant la Parole.
Lorsqu’on devient témoin de Dieu, on modifie sa conception du travail à accomplir, on l’élargit. Ce n’est plus uniquement son propre petit groupe qu’on voit, mais à cause du service de circuit, de l’activité des études bibliques et des visites complémentaires, on apprécie que l’organisation du Seigneur ait une portée beaucoup plus vaste. Les témoins de Jéhovah aux Pays-Bas s’intéressent non seulement à leurs affaires locales, mais à celles du circuit entier, du pays entier, de la terre entière. Ils font partie du corps unifié formé de personnes qui travaillent harmonieusement dans le dessein commun de faire progresser la vraie adoration du Très-Haut sous la direction du chef Christ Jésus. Le serviteur de la filiale des Pays-Bas nous donne un rapport très intéressant du travail des frères et sœurs dans ce pays durant les douze derniers mois, et il nous dit leur joie dans ce service.
Le cycle de conférences est très utile pour nous mettre en contact avec de nombreuses personnes de bonne volonté et il aide les frères et sœurs à être actifs dans le service du Seigneur et à aider les nouveaux intéressés à devenir des ministres capables. Les frères et sœurs ont bien soutenu cette branche du service. À l’aide du Seigneur les nombreuses difficultés, manque d’argent, manque de salles à cause de préjugés ou de prix astronomiques, furent surmontées. Le bureau a encouragé les frères et sœurs à accorder une attention spéciale aux réunions en plein air, puisqu’elles avaient été assez négligées jusqu’à maintenant. On a signalé également que les conférences pouvaient être annoncées même sans publicité imprimée, si l’argent faisait défaut. Notre Roi lui-même prêcha de la sorte, il y a dix-neuf siècles. Bientôt des rapports nous parvinrent de différentes parties du pays nous racontant les joies et bénédictions reçues. De petits groupes dans les secteurs ruraux, qui avaient parfois organisé des conférences publiques auxquelles assistaient une ou deux personnes ou même aucun étranger, ont maintenant une assistance d’une centaine de personnes dans les villages. Et lorsque nous prenons en considération le fait que de nombreuses conférences sont données aux lieux de réunions des études de livre du groupe, l’augmentation de 58 pour cent du nombre total des conférences publiques n’est pas difficile à expliquer.
Le fait qu’il y a encore des secteurs dans toutes les provinces du pays où le message du Royaume n’est pas prêché et où des groupes n’ont pas de serviteurs capables pour prendre soin du troupeau, incita le bureau à encourager les proclamateurs de groupe et les serviteurs qui ne pouvaient devenir ministres à temps complet, à écouter l’invitation à prêcher qui venait de ces territoires. Comment cela ? En allant s’établir dans ces secteurs isolés ou près de ces groupes faibles pour y continuer leur œuvre de prédication. Cela permettrait également à des pionniers d’être affectés à ces secteurs et de loger chez ces frères et sœurs. À cause de la pénurie de logement, cela semble être le seul moyen d’établir un point d’appui dans ces territoires isolés et de fonder de nouveaux groupes.
Inspirés par l’exemple du fidèle Abraham d’autrefois, qui ne s’attachait pas à un certain endroit ou à des amis spéciaux, mais qui s’en alla dans un autre pays en obéissance au commandement du Seigneur, certains proclamateurs et serviteurs ont répondu à l’appel. Parmi eux, un pionnier marié alla s’établir avec sa famille dans une ville catholique romaine de longue date. Le serviteur de groupe de cette ville, également pionnier, avait fait du bon travail en développant un groupe solide et fut appelé au service de circuit. Il y a un an ce frère commença à travailler en collaboration avec le petit groupe d’une vingtaine de proclamateurs et il fut secondé par trois de ses enfants également pionniers. Ils montrèrent le bon exemple en travaillant avec zèle et en supportant fidèlement les difficultés, et lorsque leurs rapports nous parvenaient ils ne contenaient jamais de plaintes mais toujours des expériences joyeuses se rapportant à l’expansion de l’œuvre. À la fin de l’année de service le groupe comptait 56 proclamateurs, c’est-à-dire une augmentation d’environ 180 pour cent en un an. Ce fut un véritable encouragement donné à tous ceux qui aiment le Seigneur et son œuvre, en vue d’utiliser sagement leur temps, d’élaborer des plans pour étendre le ministère et d’être préoccupé de l’expansion du service.
L’assemblée de district à Rotterdam au “ Feyennard Stadion ” du 1er au 3 juillet fut un événement saillant dans l’histoire de la vraie adoration dans ce pays, et elle aida le peuple du Seigneur à louer Jéhovah “ de plus en plus ”. Tous les frères et sœurs du pays entier purent facilement se rassembler en ce lieu central et rendirent un grand témoignage à la population de Rotterdam. Plus d’attention que jamais auparavant fut accordée à l’annonce de la conférence “ Il est plus tard que vous ne pensez ”. Le congrès lui-même fut le meilleur jusqu’à maintenant non seulement quant à l’organisation mais également quant au programme, et à cette occasion le Recueil de cantiques pour le service du Royaume en néerlandais fut mis à notre disposition. Les frères et sœurs firent preuve de beaucoup d’enthousiasme au sujet de cette assemblée, enthousiasme qui se traduisit par deux nouveaux maxima de plus de 5 000 proclamateurs.
L’année écoulée ne fut pas seulement remplie en ce qui concerne l’activité dans le champ. Maintes fois il fut nécessaire de lutter pour la prédication de l’évangile et la liberté d’adoration. Cela non pas parce que l’ennemi combat plus âprement, mais parce que les frères et sœurs profitent avec plus de hardiesse des droits garantis par la constitution démocratique de ce pays, mais refusés par des autorités inférieures. À l’aide de ces lois et des lois de Dieu les témoins de Jéhovah combattent pour la liberté d’adoration dans une lutte honnête et ouverte. Il est vrai que les nazis sont partis, mais il y a toujours des personnes désireuses de “ faire le mal dans les formes légales ”. (Ps. 94:10, Crampon). Elles le font en appliquant aux témoins de Jéhovah, afin de les entraver dans leur œuvre de prédication, des lois formulées dans d’autres buts.
Un cas intéressant concerne les marches publicitaires avec les pancartes pour annoncer une conférence biblique au cours d’une assemblée semestrielle de circuit, tenue à Eindhoven, également une ville de la province catholique romaine du Brabant septentrional. Dans cette ville, les fonctionnaires ont continuellement été imbus de préjugés en ce qui concerne l’œuvre des témoins de Jéhovah. Après avoir surmonté bien des obstacles, nous avons pu finalement organiser notre assemblée de circuit et elle eut lieu sous une tente, sur un terrain privé. Une centaine de frères et sœurs annoncèrent au moyen de pancartes la conférence publique “ L’unique lumière ”, mais sans avoir demandé un permis à la police. Une soixantaine de frères et sœurs furent arrêtés et les pancartes confisquées à environ 80 d’entre eux. Puisque l’action de la police de cette ville est une violation flagrante de la constitution, nous avons rédigé un communiqué pour la presse et l’avons envoyé à l’Agence générale de la Presse néerlandaise, pour radiodiffusion au journal parlé, et pour insertion dans tous les journaux du pays. De cette façon le pays entier entendit parler de notre lutte pour la liberté d’adoration et l’intérêt de beaucoup de personnes sincères fut suscité. Un journal lu dans le pays entier fit le commentaire suivant : “ Il y aura encore une fois un cas juridique au sujet de l’article 7 de la Constitution. À Eindhoven la police arrêta les témoins de Jéhovah qui distribuaient des feuilles volantes et portaient des pancartes avec des slogans... Ils n’avaient pas demandé l’autorisation du bourgmestre, comme l’exige le règlement local de police, pour faire ce genre de publicité. Toutefois, la constitution déclare que personne n’a besoin de ladite autorisation pour exprimer ses croyances au moyen de la presse. Non seulement n’importe qui peut faire imprimer ce qu’il désire, mais il peut aussi distribuer ce qu’il a fait imprimer. Dans l’intérêt de l’ordre public ou de la circulation, la municipalité a le droit de limiter la distribution... Cependant, jusqu’à maintenant toute ordonnance municipale qui rend la distribution d’imprimés entièrement dépendante d’une autorisation du bourgmestre a toujours été jugée par le Hoge Raad (Cour suprême) contraire à la constitution et sans valeur, et nous estimons cela juste. ” (Het Vrije Volk du 29 août 1949) Il y a avec nous de nombreuses personnes qui aiment la liberté et qui attendent anxieusement le résultat de ce cas.
Il y a naturellement des procès qui aboutissent en notre faveur ; mais quoiqu’il arrive et quelles que soient les décisions prises par les hommes de ce monde, les témoins de Jéhovah dans ce pays, par la grâce du Seigneur, n’affaibliront pas leurs mains. Lorsqu’ils doivent souffrir à cause de leur obéissance aux lois supérieures du Dieu Tout-Puissant, ils ne souffrent pas en tant que voleurs ou malfaiteurs, mais en tant que chrétiens qui désirent faire du bien à leurs prochains en leur portant le message d’espérance et de vie.
SYRIE-LIBAN
Hors quelques grandes villes, les habitants du Liban et de la Syrie vivent dans de petits villages éparpillés. La vérité pénètre dans ces petits hameaux d’une façon étonnante. Il arrive souvent que lorsque le témoin parle de la vérité, son interlocuteur lui fait savoir que quelqu’un d’autre dans le village prêche le même message. Tôt ou tard on trouve le “ proclamateur fantôme ” et on l’aide à travailler avec l’organisation. Dans un village de réfugiés sis au sud de Tyr, douze personnes devinrent proclamateurs après la visite d’une d’entre elles à Tripoli. Cette dernière entendit la vérité, l’accepta et la transmit aux autres. Ces douze personnes comptaient parmi les 54 baptisés de cette année.
Au Liban les réfugiés ruinés par la guerre palestinienne pullulent. Beaucoup de ces personnes acceptent la vérité avec empressement, mais d’autres s’aigrissent et se détournent de Dieu. Certains de nos frères et sœurs sont aussi réfugiés et au cours de l’année dernière la Société leur expédia des vêtements et de la nourriture pour soulager leurs souffrances. Certains, trop pauvres et trop éloignés de Tripoli ne purent venir chercher leur part, mais des frères la leur portèrent en voiture. En route, leurs expériences furent nombreuses et intéressantes ; ils profitèrent de toutes les occasions pour rendre témoignage. À un certain endroit des soldats visitèrent toutes les voitures, mesure de sûreté pour un meeting politique à Beyrouth. Un officier demanda d’être conduit au prochain poste de police ; il se réjouit tellement du message qu’il aida les frères à distribuer des écrits à la population. Bien que mahométan, il dit aux gens et à ses collègues de la police :« Je souhaite que tout le Liban se mette à publier cette vérité et la bonne nouvelle du Gouvernement Théocratique. ” Les secours furent distribués aux frères et sœurs reconnaissants qui reçurent aussi une aide pour progresser dans leur étude de la Bible.
123 proclamateurs fournissent une moyenne de 12,8 pour cent au-dessus de celle de l’année dernière, et le maxima remarquable de 192 fut atteint en août. Les conférences publiques contribuèrent à porter la vérité à ces nouveaux proclamateurs. 75 conférences eurent lieu au cours de l’année et beaucoup comptaient des centaines d’assistants. À l’occasion de la visite du serviteur de circuit dans un groupe de dix proclamateurs, il y eut 250 auditeurs à la conférence. 456 personnes assistèrent à la célébration du Mémorial et dix prirent part aux symboles.
Les deux gradués de Galaad qui servent dans ce pays étudient la langue arabe afin de pouvoir prendre une large part à l’expansion avec les frères et sœurs indigènes.
MALTE
Cette petite île de la Méditerranée est un des endroits du monde dominé et contrôlé par la religion. Maintenant on ne peut voir comment les Maltais pourraient espérer obtenir la Bible, la lire et connaître le glorieux et merveilleux Royaume que le Seigneur destine à toutes ses créatures. Les témoins de Jéhovah se sont efforcés d’atteindre ces gens en envoyant des missionnaires, mais lorsque ceux-ci furent expulsés du pays, l’œuvre de prédication fut nécessairement limitée. Il est bon de savoir cependant qu’une personne tient fermement à la vérité et fait tout son possible pour l’annoncer à d’autres. Les dirigeants du peuple de cette île auront un rude réveil à Armaguédon. À Malte les efforts des religionistes sont vains.
Au cours de l’année écoulée, l’œuvre du Royaume s’est poursuivie jusqu’à un certain point. Un fidèle proclamateur continue à porter le message vivifiant du Royaume aux habitants de cette forteresse insulaire du catholicisme romain. Il est vrai que le rapport est petit, mais il ne faut pas oublier que l’œuvre de la Société est interdite et qu’il est illégal de visiter les gens avec le message du Royaume. Ce fut pour cette raison qu’il y a quelques mois les deux frères de Galaad furent obligés de partir, après avoir comparu devant le tribunal. Malgré tout un frère nous a envoyé régulièrement son rapport mensuel que nous recevons avec joie. Ce rapport indique qu’au moins une voix proclame la bonne nouvelle du Royaume et nous sommes certains qu’elle sera entendue des cœurs honnêtes qui finalement s’assembleront dans la bergerie du bon Berger, Christ Jésus.
NORVÈGE
En Norvège, les fjords, les montagnes escarpées, les belles vallées, le relief accidenté du pays rendent les déplacements difficiles et sont le cadre de la progression du message du Royaume. La Parole de Dieu ne doit pas être seulement prêchée dans les villes. Mais tout comme Jésus se donna la peine de parler à la femme samaritaine au puits, aux gens sur la route et aux habitants des maisons, les guidant dans l’étude, les témoins de Jéhovah en Norvège se sont efforcés de porter le message du Royaume dans les vallées reculées et dans les montagnes. Surmontant d’énormes difficultés, les proclamateurs ont grossi leurs rangs de 23,6 pour cent, avec un maximum de 1 346 prédicateurs. Vous lirez avec plaisir le rapport du serviteur de la filiale mentionnant les expériences des frères et sœurs qui sont allés jusqu’au bout des routes prêcher la bonne nouvelle aux habitants des dernières maisons des montagnes et des vallées.
Dans une de nos belles vallées, l’intérêt de tous se concentrait sur deux témoins de Jéhovah qui la parcouraient en tous sens à bicyclette et à pied. Ces hommes visitaient tous les habitants de la vallée avec des publications bibliques. Certains s’intéressaient et étaient aimables, d’autres se fâchaient de la visite de ces gens dans leurs appartements.
Dans un club féminin, la conversation tomba sur les deux témoins, leur œuvre et leurs écrits. Quelqu’un déclara, appuyé de la majorité, que les publications des témoins de Jéhovah contenaient de fausses prophéties. Une institutrice, prenant position pour les témoins, demanda aux autres femmes si elles avaient lu ces publications. Non, elles n’en avaient pas lu ! Alors, comment pouvaient-elles savoir que ces écrits contenaient de fausses prophéties ? L’institutrice avait lu attentivement le livre “ La vérité vous affranchira ” et déclara n’y avoir rien trouvé qui ne fut en harmonie avec la Bible. Un autre argument fut avancé, accusant ces hommes de ne pas être de toute moralité en voyageant et en visitant les femmes des fermiers, etc. L’institutrice protesta encore et cette fois d’autres la soutinrent. L’institutrice rapporta cette discussion à un des témoins qui la revisitait pour l’aider à augmenter ses connaissances et son intérêt pour les publications reçues. Notre Seigneur fut accusé de la même manière !
Pendant les mois d’été, lorsque le temps était chaud, ces frères se mirent en chemin tôt le matin, travaillant toute la journée, allant toujours de plus en plus loin. Souvent ils aperçurent des fermes haut perchées, sur le flanc de la montagne ; laissant les bicyclettes au bord de la route, ils grimpaient à pied la pente très raide. Lorsqu’ils avaient faim, ils essayaient d’échanger des écrits contre un repas. La nuit, si un lit ne leur était pas offert, comme cela arrivait souvent, ils avaient le leur, un grand sac en papier déployé au bord de la route. Ils dormaient sur des aiguilles de sapin, bien chaudement.
D’une vallée semblable, plus au nord, près de la ville de Drontheim, un pionnier relate de nombreuses expériences intéressantes. Lorsqu’il visite une ferme à l’heure du repas ou le soir, il trouve d’habitude le fermier, sa famille et les domestiques autour de la table, ayant chacun un journal ou un livre devant soi. Tous regardent distraitement au-dessus de ce qu’ils lisent quand le nouveau venu entre après avoir frappé. Puis le but de sa visite est expliqué, alors ils s’enfoncent davantage dans leur chaise, derrière leur livre ou leur journal, sans dire un mot. Il est inutile de continuer à leur parler pendant qu’ils sont si occupés. Alors le pionnier s’interrompt, regarde autour de lui, aperçoit peut-être un chat, un chien ou un bébé, porte son attention au chat, au chien ou au bébé, chatouille ou caresse la bête, parle de chats ou de chiens qu’il a connus. S’il y a un bébé, il le prend, le dodine sur ses genoux. Tôt ou tard, l’un après l’autre, les membres de la famille le regardent, conversent avec lui au sujet du chien, du chat ou du bébé. Le pionnier les intéresse à ce qu’il fait, et bientôt il est en bons termes avec eux. Après cette brève introduction improvisée, il dirige la conversation sur la Bible et les écrits. Il serait tout à fait inutile de détourner brusquement leur attention de ce qu’ils font vers ce qu’on veut leur raconter. Il est indispensable de prendre du temps pour introduire convenablement son sujet.
La pays, en grande partie montagneux, est dentelé de nombreux fjords et de vallées étroites s’étendant plus ou moins vers l’intérieur. Ces vallées et ces fjords abritent de petits villages, des maisons isolées de pêcheurs et des fermes. Les seules récoltes sont celles des pommes de terre et du foin pour le bétail.
Les frères et sœurs et les intéressés sont disséminés à travers ces fjords et ces vallées. Il est souvent difficile d’établir des réunions ou de faire des visites complémentaires régulières, lorsqu’on est séparé par un fjord balayé par une tempête. Mais en dépit de ces nombreuses difficultés, l’œuvre progresse d’une façon admirable. Pendant l’année écoulée le nombre des proclamateurs dans ces trois secteurs septentrionaux augmenta de 52 pour cent, la moyenne de 75 proclamateurs en 1948 passa à 114 cette année.
Pensez un peu combien grand est l’intérêt, mais combien grand aussi est le problème des proclamateurs pour trouver assez de territoire à travailler, quand par exemple, dans un petit village de 25 familles il y a 9 proclamateurs. Lorsque le serviteur de circuit visita ce village au début du printemps, 55 personnes assistèrent à sa conférence publique. Après son départ, de nombreux villageois demandèrent au serviteur de groupe quand “ ce Jenssen ” reviendrait, car ils aimaient écouter ce qu’il disait.
Ce village et ses proclamateurs du Royaume sont séparés des secteurs adjacents par des montagnes et des fjords. Un trajet de plus d’une heure en bateau, sur une mer souvent démontée, est nécessaire pour atteindre des personnes auxquelles on peut prêcher l’évangile. Mais en dépit de la mer en furie et du sombre hiver, les proclamateurs répandent le message du Royaume et trouvent beaucoup d’intérêt. Faire des visites complémentaires régulières est difficile, mais on les fait aussi souvent et aussi régulièrement que possible.
L’assemblée de district de Fredrikstad fut l’assemblée saillante de cette année. Nous avions une salle sise au sommet d’une petite colline du centre de la ville. Sur deux côtés de la salle s’étendait un grand terrain vague. Le soleil brilla dans un ciel sans nuages pendant les trois jours. Des haut-parleurs furent installés à l’extérieur afin que les frères et sœurs et les personnes habitant à proximité de la salle (personnes d’ailleurs très bien disposées) puissent entendre les discours à l’intérieur ou à l’extérieur.
Le questionnaire pour le livre “ La vérité vous affranchira ”, la brochure La Joie pour tous les hommes, le Recueil de cantiques pour le service du Royaume, les Conseils aux témoins de Jéhovah sur l’Organisation Théocratique et l’édition danoise d’“ Équipé pour toute bonne œuvre ” furent mis à la disposition des frères et sœurs lors de nos différentes assemblées. Toutes ces publications nous aident dans notre œuvre du service du Royaume. Nous commençâmes à étudier le livre “ Équipé pour toute bonne œuvre ” dans tous les groupes, au mois de juillet, et cet ouvrage s’est déjà avéré très utile en nous équipant pour un meilleur service à la louange de Jéhovah. Les frères et sœurs ont manifesté également un réel intérêt pour les répétitions écrites.
ISRAËL
L’agitation qui suit inévitablement une guerre civile a beaucoup freiné la prédication de l’évangile en Israël. La situation économique se rétablit très lentement, et les frères et sœurs ont de grandes difficultés pour trouver un gagne-pain. La Société a essayé de les aider en leur expédiant de la nourriture et des vêtements. La machine administrative retarda beaucoup la livraison de cet envoi, mais au mois de juin il parvint finalement aux frères et sœurs.
À cause des mauvais moyens de communication et de transports, le travail se limite à la région entre Beit Jala et Bethléhem, et un peu aussi à Beit Sahur et à Jérusalem. À Jérusalem beaucoup d’intérêt se manifeste, certaines personnes de bonne volonté se rendent même chez les proclamateurs pour apprendre davantage au sujet du message du Royaume.
Il y a maintenant deux pionniers actifs en Israël, dont un fut emprisonné par les Juifs pendant la guerre. Durant son incarcération il fut détenu dans quatre camps différents où il prêcha pendant 995 heures à ses co-détenus.
Au moment de sa libération le clergé l’accusa faussement et lui suscita certaines difficultés avec les autorités. La police militaire perquisitionna dans sa chambre pendant qu’il parlait à d’autres fonctionnaires. Les policiers lurent des écrits qui se trouvaient dans la chambre et écoutèrent le témoignage d’autres locataires de la même maison. Un des policiers, un mahométan, fut poussé à déclarer : “ Je témoigne que ces gens ont la vérité et que tous les autres n’ont aucune vérité. ”
Le pionnier fut ensuite appelé devant un tribunal militaire où il lui fut permis d’exposer la différence existant entre les témoins de Jéhovah et les autres religions. Le commandant donna alors l’ordre à des soldats de convoquer deux prêtres quelconques au tribunal pour soutenir leurs accusations en présence du frère et répondre aux questions. Mais les soldats revinrent sans prêtres. Chaque prêtre qu’ils avaient essayé d’amener avait son excuse : L’un était malade, l’autre devait rester à l’école pour instruire les élèves, un troisième expliqua que sa Bible se trouvait dans l’église fermée à clef, qu’il n’avait pas la clef, et qu’il ne désirait pas affronter des témoins de Jéhovah sans Bible. Lorsque le commandant entendit tout cela, il s’écria : “ Ce sont donc des menteurs. Cet homme ne semble pas être juif (le frère est de descendance russe) et en ce qui concerne l’autre accusation, rien ne prouve qu’il soit communiste. ” Après une brève délibération, un des officiers serra la main du pionnier, disant : “ Je suis avec vous. Allez prêcher. Vous êtes du côté de la vérité, eux sont du mauvais côté. Je suis votre frère. ”
Des rapports ne nous sont parvenus que de deux des six groupes qui étaient actifs avant la guerre entre Arabes et Juifs. Les rapports qui nous parviennent cependant de ceux qui proclament indiquent une amélioration graduelle, et nous nous attendons encore à d’autres progrès.